14 141

H +2188 – It’s beyond my control

- Allo ? Monsieur 14 141 ?
- Oui ?
- Votre fille avait un rendez-vous avec Mme TREB demain à 18h30. Celui-ci est annulé ; on vous rappellera pour vous en fixer un autre.

Et puis plus rien pendant un mois et demi. J’ai laissé des messages sur son téléphone portable sans jamais de réponse. Mme TREB est la psychothérapeute de ma fille depuis trois ans maintenant.

Je me souviens que la chance m’a souri à l’époque. Je cherchais désespérément une psy car Ana traînait une souffrance derrière elle, vieille et douloureuse. J’avais retourné ciel et terre pour en trouver une bonne, Céline ne s’intéressant pas au mal-être de sa fille. Les listes d’attente nous amenaient jusqu’en juin 2009, la seule de libre ne m’inspirant pas confiance. Mais un jour, alors que je relevais mon courrier, comme par miracle, une carte au format 21×10 m’est tombée dessus : des coordonnées, celles d’une nouvelle psychologue clinicienne qui s’installait à quelques kilomètres de chez moi ! Je me rappelle n’avoir pas attendu ; j’ai immédiatement téléphoné pour la rencontrer.

Le premier rendez-vous fut long et douloureux. Céline avait souhaité nous accompagner. Mme TREB débutait peut-être, mais vraiment dans l’écoute et le questionnement. J’ai eu immédiatement le coup de foudre. Cette jeune femme était compétente et douée. Ana a mis beaucoup de temps à effectuer son transfert mais une fois fait, les progrès ont été fulgurants. Comme souvent les futures mamans, Mme TREB fut sujette à des vertiges accompagnés de vomissements intempestifs et suivis d’une prise de poids impressionnante. Elle dut s’arrêter quelques temps. A sa reprise, j’ai senti qu’elle était fatiguée mais j’ai mis cela sur le dos de l’hypothétique polichinelle qu’on lui avait sorti de sous le manteau…

Ces derniers mois ont été vraiment importants pour Ana et son soutien psychologique d’un grand secours. A travers Mme TREB, elle se construisait une image de femme qui lui faisait jusqu’alors défaut. Et puis brutalement, sans aucune explication, je reçois ce coup de téléphone.

- (…) on vous rappellera pour vous fixer un autre rendez-vous.

J’ai attendu, puis je me suis inquiété. J’ai téléphoné. Aucune réponse. La semaine dernière, la bouche en cœur, Mme TREB me contacte enfin pour m’annoncer qu’elle travaillait désormais à l’hôpital et qu’elle arrêtait définitivement son activité libérale, et pour me proposer un rendez-vous la semaine suivante en clôture de sa thérapie avec Ana. Je n’ai su que répondre dans l’instant, j’étais abasourdi. Le soir même, j’ai appris la mauvaise nouvelle à ma fille. Ses pleurs résonnent encore en moi. Un déchirement, j’ai essayé de l‘apaiser, de la rassurer, la douleur de l’abandon, celui d’une autre femme, sa mère, refaisait surface. Après l’avoir calmée, j’ai pris ma plume et j’ai écrit ceci :

« Suite à notre entretien téléphonique, j’ai prévenu Ana de la situation. Je ne pouvais lui cacher le fait que la séance de la semaine prochaine serait la dernière. Les pleurs et le désarroi de ma fille sont grands à cette heure. Jusqu’alors ma confiance envers votre travail auprès d’Ana était inébranlable. Je n’ai jamais douté de vos compétences. Aujourd’hui je suis choqué et scandalisé. En effet, je ne comprends pas que vous n’ayez pas préparé Ana à cet évènement. Votre silence depuis plus d’un mois et puis votre coup de téléphone m’annonçant votre décision, sont ressentis par mon enfant avec une très grande violence. Je ne ferai pas allusion à l’éventuel transfert qu’Ana a fait sur vous, ce qui a été long à mettre en place, mais maintenant sans aucun travail thérapeutique, vous l’abandonnez à ses doutes, à ses peurs et à ses angoisses, c’est une véritable maltraitance psychologique. Je suis écœuré, et révolté que vous n’ayez pas pris le temps d’accompagner Ana dans cette rupture, ce qui lui aurait évité cet effondrement actuel. Je ne comprends pas qu’un(e) psychologue clinicien(ne) puisse agir d’une façon aussi légère quant à la fin d’une thérapie. Ana n’avait vraiment pas besoin de cela dans sa vie ! Je reste disponible pour en discuter avec vous. »

Elle m’a contacté samedi dernier, je n’ai pas répondu. Elle m’a rappelé ce lundi, je n’ai pas répondu. Je l’ai appelée mardi, elle n’a pas répondu. Je suis allé la voir hier, j’en suis bouleversé.

Son visage était serein, doux et reposé comme rarement, pourtant. Je n’étais pas agressif, juste ferme, ne cherchant pas à savoir les raisons si abruptes du changement qu’elle imposait. Je n’avais comme unique but que lui cracher la souffrance d’Ana. Elle m’a écouté, elle a acquiescé. J’ai senti que chacune de mes phrases la blessait et qu’elle ne pouvait se défendre. Elle prenait les coups sans broncher. Une scène m’est revenue en tête : dans Les liaisons Dangereuses, celle de la rupture forcée du Vicomte de Valmont d’avec Cécile de Volanges. Ce dernier se borne à répéter à l’amour de sa vie : It’s beyond my control.

Elle mourrait d’envie que je lui pose la question : pourquoi ? Mais je n’étais pas prêt à entendre sa réponse, il n’y en avait pas de valable à mes yeux. Je lui ai serré la main, je suis sorti et j’ai récupéré Ana qui m’attendait dans la salle d’attente.
Arrivés à la voiture, crise de larmes, Ana pleure, j’ai le cœur fendu. Entre deux sanglots, elle me dit :

- Elle est très gravement malade. C’est pour ça qu’elle ne peut plus continuer. Elle a trouvé un employeur fictif pour être encore payée. C’est une maladie dont on peut mourir.

Au coucher, alors que mon p’tit Zèbre me faisait des avances, je me suis écroulé au creux de son cou et j’ai pleuré. Je suis vraiment un gros con.

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Merci à janjacQ pour son soutien orthographique et plus

10 Réponses to “H +2188 – It’s beyond my control”

  • janjacq dit :

    Daïdou, qu’est-ce je t’ai dit ?
    tu m’as déjà fait le coup à propos d’Ana et de soutien psychologique, et là, rebelote
    on te soutient, mais on t’apporte un soutien, sans t…
    … et sans faille, quoique, nobody’s perfect !
    pourquoi des lettres en trop ? pour faire habillé ?
    c’est vrai qu’il commence à faire frisquet…
    n’empêche que la prochaine fois ce sera la fessée cul nu

  • janjacq dit :

    oups !
    qu’est-ce que je t’ai dit ?

  • Daidou dit :

    @janjacQ: Non, ce n’est pas pour habiller mais comment soutenir avec un « t » en moins? Il faut garder une assise et un « t » c’est très terrien! Et puis pour la fessé, tu as intérêt à venir me la donner rapidement avant que la loi sur la fesse ne passe…!!!! Bon, j’ai corriger car je préfère les câlins aux fessés!

  • Christophe dit :

    Un gros con ? Non. C’était à l’air (lire elle) de te donner des explications sans forcément entrer dans les détails. La psy c’est elle pas toi. Et pas très intelligent de le dire à ta fille et de lui faire porter seule cette information et de lui laisser te la dire.

  • Christophe dit :

    Oups c’était à elle et pas à l’air. Je vais me faire engueuler par JJ moi.lol

  • Daidou dit :

    @Chrisbi: Je n’ai pas corrigé ta faute car je suis sur que tu veux te faire fesser par janjacQ!!! A moins que il est venu déjà te la mettre (la fessé…!!!!) Autrement, J’ai géré comme j’ai pu…

  • Nicolas dit :

    Il m’étonne que Janjacq ne se soit pas donné la peine de corriger fessée (avec un « e » à la fin)… ce qui me donnera peut être le droit de profiter aussi de la fessée cul nu la prochaine fois?

    Un petit mot justement à Janjacq… merci pour l’aide qu’il t’apporte… vachement plus agréable à lire (désolé d’être aussi franc… d’autant que je ne suis pas exempt de faute d’orthographe non plus!)

    Pour en revenir au sujet du jour : Non, tu n’es pas un Gros Con! Loin de là!
    Ta fille est comme la « prunelle de tes yeux »! Tu y tiens! Tu l’aimes! Tu la défends! Bref… tu es son père et tu as agi en tant que tel : un père qui n’a d’autre but que le bonheur de ses enfants
    Bien sur que dans ce genre de situation on ne se soucie que peu des éventuels dommages collatéraux! Bien sur que Mme TREB aurait peut être aimé que tu aies un petit mot d’inquiétude à son sujet… je ne suis pas certain pour autant qu’elle se serait ouverte!

    Mais je rejoins largement Chrisbi : c’est elle la psychothérapeute; Pas toi

    Ne culpabilise pas :
    Je ne conçois pas de meilleure façon d’être père que celle que tu laisses transparaître au travers de tes écrits: « touche pas à mes enfants »!

  • Daidou dit :

    @Nicolas: Je suis entièrement en accord avec toi et j’aime ta franchise. J’ai un handicap: la dyslexie. Je sais que la grammaire et la conjugaison seront à tout jamais des points noirs. Tant que j’écris pour moi, je me fiche pas mal des fautes car je ne les vois pas. Cependant lorsque l’on publie et qu’on est lu par environ 3000 personnes par mois, je ne souhaite pas que le lecteur soit gêné par une écriture trop approximative. J’aime la langue française et sache que c’est une terrible épreuve pour moi de me voir la malmener. Dois-je pour autant renoncer à raconter mes histoires pour autant?

    Je me suis posé la question à de nombreux moments depuis la création de ce blog. La réponse est non! Aussi comme dans mon métier, j’essaye de fédérer les énergies qui m’entourent afin que le processus de création et d’édition soit un travail collaboratif. Heureusement que janjacQ, Arthur et d’autres lecteurs, mettent leurs grains de sel, cela rétablie un équilibre entre vous et les histoires.

  • arthur dit :

    je trouve, comme Nicolas, que tu as bien agi, en père responsable et qui aime sa fille…au moins, elle aura une confiance en toi qui lui évitera sans doute de se poser des questions plus tard sur son rapport au père…

    après, si tu te sens mal par rapport à la psy, tu peux lui écrire un petit mot , pour lui dire que tu as appris par ta fille ses problemes perso, et que tu t’étais senti lâcher par elle de façon incompréhensible, et que tu souhaitais lui en faire part lors de l’entretien avec elle. Et que tu lui souhaite un prompt rétablissement de toutes les manières , en lui répétant que jusqu’à cette « interruption », tu as apprécié son travail, sans pour autant t’excuser sur ce que tu lui as dit…ça, tu le maintiens…

  • Daidou dit :

    @Arthur: Tu as sans doute raison, je crois que je vais essayer de pondre quelque chose dans ce gout là…

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