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H +1992 – Epilogue 3/3 – PART 1

Mardi 8 septembre, levé à 6h30, je prends mon petit déjeuner comme à l’accoutumée. Je veux que ce jour soit un jour traditionnel, fait de petits riens, de travail et ne surtout pas en faire une journée spéciale, même si c’est aujourd’hui qu’un juge apposera sa signature sur le document qui contractualisera ma vie. La mise en route est difficile, le café n’est pas assez fort, c’est un vrai jus de chaussette que j’avale. Je me glisse sous la douche, c’est la seule solution pour un réveil total. Mes gestes sont mécaniques, et précis malgré tout. Je ne veux pas que mes angoisses de la nuit refassent surface. Rester digne, voilà le mot de la journée ! De la dignité quoi qu’il arrive !

Je sonne l’heure de mon départ en embrassant les enfants pour les éveiller en douceur, ainsi que mon grand dormeur de p’tit Zèbre… Après mon heure de trajet quotidien, j’avale un deuxième puis un troisième cafiots avec mes collègues. Ils ne savent pas grand chose de ma vie, je ne partage pas facilement avec eux, jouant même mon hétéro de base pour ne rien laisser transparaître.

- Tu n’as pas l’air dans ton assiette ? Ça va ? me demande Gilou.
- J’ai mal dormi. Rien de bien méchant !
De la dignité, me dis-je intérieurement, de la dignité !

Il est 9h45 et j’ai la tête ailleurs ; heureusement que je suis convié à une réunion dans laquelle je n’ai qu’un rôle subalterne. Les minutes passent avec lenteur, je dévisage un à un les membres de la Commission en essayant d’imaginer, pour me distraire et pour passer le temps, des scénettes amusantes… La femme qui se trouve devant moi est grande avec de longs cheveux blonds, le nez chaussé d’une paire de lunettes qui lui mange son visage un peu sévère. C’est un personnage important du Cabinet de la Présidence, d’un sérieux à toute épreuve. Elle mâche discrètement un chewing-gum. Le mouvement de sa mâchoire est presque imperceptible. Une image s’impose alors dans ma tête, c’est comme un court métrage où elle prendrait la parole et avalerait son bonbon par inadvertance dans un bruit peu convenable pour son rang. Cette vision me fait sourire un peu bêtement, mais mon sourire prend une dimension catastrophique lorsque cette femme, croisant mon regard, accuse une drôle de grimace en avalant réellement sa gomme à mâcher. Un éclat de rire presque bestial a alors retenti dans ce silence religieux. Je m’en excuse platement en voyant tous les participants se tourner vers moi, tandis que la femme passe instantanément du blafard au rouge pivoine.
De la dignité, rien que de la dignité, me dis-je en reprenant une posture d’écoute.

Je ressors de cette réunion avec un sentiment de malaise : et si j’étais capable de deviner l’avenir ? En me concentrant, pourrais-je apercevoir le jugement ? Connerie, je ne vais quand même pas basculer dans l’ésotérisme mystique hystérique !? Et pourquoi ne pas essayer de lire dans le marc de café, tant qu’on y est !? Le mieux n’est-il pas de rester pragmatique et d’appeler le cabinet de mon avocate !

- Bonjour, je suis Quatorze Cent Quarante et Un (QCQ1) ! Je voudrais parler à Maître Paly, s’il vous plait.
- Je suis désolée, elle se trouve en audience à Vreuxe. Vous ne pourrez la joindre qu’en fin d’après-midi.

Je crois que je vais passer une après-midi d’enfer, à fumer comme un pompier et à me ronger les ongles jusqu’au sang ! Il est l’heure de rejoindre mon p’tit Zèbre et d’aller manger au restaurant administratif. J’ai une faim d’ogre ! J’aime ce moment de la journée où l’on se retrouve, rien que nous deux, et où on avale rapidement notre repas pour vite s’engouffrer dans la voiture. Là, nous nous reposons en parlant, en nous embrassant, en nous câlinant jusqu’à l’heure fatidique où chacun doit regagner son lieu de travail. Mais aujourd’hui nous partageons la même angoisse, celle de devoir annoncer à Ana qu’elle doit retourner chez sa mère ! Je sais pourtant, au fond de moi, que le jugement ne peut pas lui être défavorable. C’est impossible avec toutes ces attestations !!!

Il ne reste que trois cigarettes dans mon paquet. Si Ana obtient ce qu’elle veut, j’arrête de fumer.

4 Réponses to “H +1992 – Epilogue 3/3 – PART 1”

  • comdhab dit :

    alors, t’as arrêté de fumer ???

  • arthur dit :

    on ne pourra pas dire que tu ne sais pas entretenir le suspense!!!…je vais finir par craquer, c’est pas possible , cette histoire….j’étais sûr que tu avais gagné..maintenant, je me dis que tu as dû gagner à moitié, ou alors il reste encore une partie du problême…..
    bon, ma réaction est un peu égoïste, car c’est toi qui as dû craquer…mais bon, c’est la tension du lecteur assidu qui ressort…Courage et persévérance!!!

  • Daidou dit :

    Suite et fin début de semaine prochaine

  • Virginie dit :

    Et bien vivement la semaine prochaine….
    On te suit depuis le début, on respire avec toi, on doute avec toi et on à mal avec toi…
    Bien sur, comme tous on espère un heureux dénouement, pour tout les deux…
    Une très bonne raison d’arrêter de fumer…
    Bises !

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