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H + 2016 Janjacq – meuh non

Voici la pierre à l’édifice, janjacQ a dit:

jipé c’est mon ex, il m’a plaqué le sagouin, il est parti sans un regard en me laissant comme un con au beau milieu de la route
c’était un 26 novembre froid et gris
j’ai bien essayé de le suivre, elle m’a superbement ignoré la camarde

jipé c’est l’homme de ma vie, je ne l’ai su qu’après
il m’a aimé comme jamais un garçon ne m’a aimé
moi aussi je l’adorais, mais je ne m’en rendais pas compte, je ne m’en suis rendu compte qu’après qu’il soit parti
alors j’ai bien essayé de le suivre, elle n’a pas voulu de moi la mort

on ne se voyait que les week-ends, il travaillait à Nantes et moi à Paris
il venait à Paris par le train et j’allais le cueillir à Montparnasse
j’allais à Nantes avec ma petite auto, fallait être un peu con, mais au moins on pouvait se balader dans la région, aller dans les restau de bord de Loire manger des cuisses de grenouille grillées ou du poisson poché au beurre nantais, partir nous baigner à Saint-Brévin, pousser jusqu’aux Jaunais ou jusqu’à Pen-Bron pour montrer notre cul
c’est jipé qui m’a appris à tomber la culotte, avant j’osais pas, je n’aurais jamais osé

on partait pour des pique-niques mémorables
jamais je ne les oublierai
jipé c’était le roi du pique-nique, du haut de ses vingt-quatre ans fallait voir comment il nous bichonnait ça, on remplissait le coffre de la bagnole et je ne te parle pas de la glacière et de la bouffe
on ne se la jouait pas beauf avec une table et des chaises de camping mais très classe avec les deux verres à pied en cristal adaptés exprès pour, c’est une question de col, au Bordeaux ou au Bourgogne de derrière les fagots que jipé avait dégoté, avec l’argenterie, les couverts marchaient toujours par deux, et avec le plaid écossais en cachemire… pour la sieste

ce dimanche-là, on s’est dit qu’on le faisait champêtre
on a déniché un petit pré à l’herbe grasse et tendre, d’un vert vachement bien assorti au plaid, on se serait cru dans le bocage normand
jipé a dressé la nappe au beau milieu, je faisais les allers et retours jusqu’à la voiture garée dans un chemin pour amener tout le restant de notre barda, il m’a demandé de l’aider à dérouler la belle couverture écossaise tout à côté
- hé, on se met pas un peu plus à l’abri ?
- t’occupe !
- on va nous voir…
- t’occupe !
on a bien mangé, on a bien picolé, chacun sa bouteille ou peu s’en faut
j’étais bien… et amoureux, comme jamais, jipé était bien, je crois, et aimant, il faisait vachement beau, le soleil commençait à taper sur nos ciboulots
des promeneurs sont passés qui nous ont salué en nous disant de faire gaffe aux coups de soleil parce qu’on avait tombé la chemise, on a répondu en riant en soulevant not’ verre
jipé s’est alors allongé à plat dos sur le plaid, les bras en croix, je l’ai très vite rejoint pour me blottir contre lui

- j’ai envie que tu me prennes
on était tous les deux complètement à poil, il ne faut pas me demander comment on en était arrivé là, j’étais bien… et amoureux, sous les caresses, et il m’était difficile de répondre, j’avais la bouche pleine
- dans l’herbe
- …
- s’il te plait
- t’es bourré ?
- s’il te plait, janjacq, s’il te plait
faut que je te dise que c’était pas notre truc, ce n’était jamais arrivé en fait, j’étais la bique et lui le bouc, point barre, c’était très bien comme ça, je crois qu’on ne s’était jamais posé de question, on n’en avait jamais parlé non plus, lui top, moi bottom, et vogue la galère jusqu’aux septièmes cieux, même si ce n’était pas à tout coup
- t’es bourré !!!
- s’il te plait

pour une première, jipé a pensé que ce serait mieux en levrette
j’avais peur de ne pas pouvoir y arriver, alors je me suis appliqué, putain qu’est-ce que je me suis appliqué
j’étais comme un petit écolier à son pupitre, la langue tirée, à faire des lettres à l’encre en écriture bâton, plus rien ne comptait pour moi, le pré à découvert, le chemin qui le longeait, les frondaisons et au-dessus le clocher du village voisin, si proche…
maladroitement, je me suis mis à besogner mon amoureux
- jipé ! on nous regarde !
- t’occupe…
- je te dis qu’on nous regarde
- mais non, il n’y a personne
mes lunettes, comme celles de jipé, étaient posées sur un coin du plaid, à cinq bons mètres de nous, on avait roulé dans l’herbe
comment pouvait-il être aussi affirmatif, mon amant, il était encore plus myope que moi, je savais qu’il ne pouvait voir en ce moment, comme moi, que de jolies taches de tous les dégradés de vert, auréolées du bleu du ciel, du brun des troncs d’arbres, du noir des bouses, je ne t’ai pas dit, il y avait des bouses partout, enfin, çà et là
j’aurais bien aimé avoir le bras assez long pour atteindre mes binocles…
- et s’il y avait quelqu’un, ça devrait t’exciter, merde…
l’idée ne m’a pas fait… débander, nous sommes venus en même temps

jipé a noyé son ventre dans l’herbe folle, je me suis laissé tomber à côté de lui, mais tout de suite, à quatre pattes, j’ai couru vers nos lunettes
le besoin de… voir était alors beaucoup plus fort que l’envie du long câlin qu’on avait la bonne habitude de partager après, je me doutais bien que le ou les voyeurs s’étaient carapatés puisque c’était fini, je voulais quand même… voir, ou en avoir confirmation
c’était par là que tout au long j’avais senti une présence…
… et par là, le museau passé au travers d’une barrière, deux vaches blanches et noires nous regardaient d’un air vachement vache
tu le sais bien toi combien c’est expressif le regard d’une bretonne pie noire, non ? c’est le même que celui d’une blonde d’Aquitaine ou d’une normande !
ben là, il pétillait ! on aurait dit deux gouines…

janjacQ

7 Réponses to “H + 2016 Janjacq – meuh non”

  • Daidou dit :

    lorsque tu m’as envoyé ce texte mes larmes ont coulé de tristesse, de bonheur, et de tendresse
    je te remercie de ce cadeau

  • Virginie dit :

    J’ai du mal à écrire à cause de toi janjaQ, mais c’est bien fait pour moi, il n’aurait pas fallu que je passe te lire chez Chris avant… Heureusement que dans pic-nique il y à nique, ou niqué et que je pensais bien à la chute de l’histoire…
    C’est vrai que tes textes sont de vrais cadeaux pour nous tous et j’espère que tu le sais…
    Merci …

  • arthur dit :

    j’adore….l’histoire , le style, la manière de raconter, et c’est pas gnan-gnan en plus…avec aussi , malgré le « fun », la gravité….

  • Daidou dit :

    Je suis fan de Camille depuis que je l’ai découvert! Je n’ai pas tout lu encore (chut!) mais il a de grandes qualités au delà de son style brillant: humour, honnêteté, gravité. En un mot: j’adore!

  • [...] alors Camille et moi on a découché pour aller se mettre au chaud, lui chez Christophe et moi chez Daïdou, sorry ! m’enfin, on n’est quand même pas sérieux quand on a… … 17, 26, [...]

  • Maxivirus dit :

    Alors, non seulement le Janjacq il est exhib et zoophile, mais en plus le Daidou qui fait maison close maintenant.
    C’est le bordel dès que je m’absente 2 jours !!!

  • [...] avec …certains blogs gays parisiens» , janjacQ nous a livrer un texte « meuh non« . Aujourd’hui Arthur nous livre un moment d’été, moment [...]

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