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H +1534 – Epilogue 2/3 – La première et seconde balle

On est parti pour la Crète la tête remplie d’incertitudes, de craintes et de peurs. Et puis, la résignation a fini par prendre place, les dés étaient jetés après tout ! Nous ne pouvions qu’attendre, et regarder les profondeurs sidérales en scrutant les étoiles filantes et en formulant des vœux à leur passage.

- Tiens! Tu l’as vue celle-là ? Elle est pour toi ! Et celle-là aussi !

Je voyais ma fille parfois songeuse, quelquefois avec l’air triste, alors toutes ces étoiles étaient pour elle… ou pour le jugement. A ces moments-là, le p’tit Zèbre se chargeait de mettre un peu d’animation, pour un sourire, ou pour déclencher le rire. Ça marchait presque à tous les coups, mais je savais que le soir, avant de s’endormir, elle s’assoupissait avec sa douleur.

Alors, au matin, le petit déjeuner sur la terrasse face à la mer chassait tous ses mauvais rêves, laissant le champ libre à une journée paisible faite de plage, de bains de soleil et de mer, de chaleur, de lectures, de visites et de rencontres. Ensemble, rien n’était aussi bon que ce temps partagé dans une véritable harmonie, et même les querelles enfantines de la fratrie s’estompaient. Les vingt un jours sont passés avec une telle rapidité que je n’ai pas réalisé que le retour nous rapprochait de la décision du juge.

Une fois sur le territoire français, nous n’avons eu qu’une envie : partager avec nos proches notre enthousiasme. Alors, ce fut la grande tournée familiale, Bopapa, Grand’ma, mes sœurs, « ma reine », et mes parents ; nos récits s’entrecroisaient les uns les autres, illustrés par les photographies de notre périple. Et puis il y eut cette foutue rupture ! Celle qui fatigue, celle qui est inévitable : le retour des enfants chez leur mère ! Pas de cris, pas de pleurs visibles, seulement une boule à l’estomac !

Céline fut égale à elle-même, le lundi 31 Août au soir, en imposant à sa fille qu’elle reste toute la semaine chez elle. Ce n’était pas prévu comme cela initialement, mais il fallait s’habituer à la future organisation qui allait être la nôtre, nous avertit-elle. Je vis dans ses yeux une lueur de victoire et non d’espoir.
Je n’ai pas eu trop de contacts avec les enfants durant ces quatre jours. J’ai seulement brièvement accompagné Éric, mon fils, pour son entrée en sixième. Céline était là aussi, plutôt détendue, plutôt agréable. J’ai poussé le vice jusqu’à lui demander comment s’était déroulée sa propre rentrée dans son nouveau collège.

Le vendredi soir, ce furent les retrouvailles. Mon garçon était grognon et susceptible. Juste avant de servir le repas, je m’enquis des raisons de son mécontentement.

- Maman dit que tes attestations sont toutes contre elle.

Ça c’était la première balle dans le pied qu’elle se mettait !

- Et puis elle a écrit une lettre à Baba*… Elle dit que Baba a vécu la même chose qu’elle…

Ça, c’était la seconde balle !

- Elle m’a même reproché ma relation avec Baba, a renchéri Ana. Elle dit aussi que je la préférais à elle quand j’étais petite.

J’en restai perplexe : ma mère ne m’avait pas averti qu’elle avait reçu une lettre de Céline ! Je lui téléphonai donc afin de la questionner. Je suis tombé sur mon père qui a confirmé l’existence de cette lettre mais n’a pu me la lire, faute de savoir ce que ma mère en avait fait…

C’est elle qui m’a rappelé. Pour une fois, elle n’a pas pris de gant, elle m’a lu d’une traite un tissu d’horreurs, de délires et d’élucubrations. Je raccrochai légèrement énervé par la prose verbeuse et pseudo poétique de ma future ex-femme ! Comment était-elle tombée aussi bas ? Sa maladie était vraiment à son paroxysme ! Je me devais de rectifier tout de suite auprès des enfants certaines fausses vérités.

- Baba et Pépé, comme vous le savez, ont vécu des périodes pas faciles. En 1981, Baba a quitté le foyer familial pour vivre seule dans un appartement car Pépé était tombé amoureux d’une très jeune femme. Durant une année, Baba a essayé d’oublier Pépé mais n’y a pas réussi. Elle a fini par prendre des médicaments pour tenter de se suicider. Par chance, elle a été sauvée. Votre grand-père s’est rendu compte qu’il tenait énormément à elle, il a donc rompu avec sa maîtresse. Durant cette période de séparation, j’allais le mardi soir et un week-end sur deux chez Baba tandis que mes sœurs ne venaient que quand bon leur semblait.
Votre mère se trompe en essayant de comparer les deux histoires. Et je ne trouve pas cela correct de sa part : Baba a eu son lot de blessures. Venir aujourd’hui lui balancer les horreurs passées, c’est inacceptable !

- Et toi, pourquoi tu es parti ? a demandé mon fils.
- Je te l’ai déjà dit quand nous vous avons annoncé la séparation : parce que je n’aimais plus ta mère.
- Mais pourquoi tu n’aimais plus Maman ? Tu aimais quelqu’un d’autre ?
- C’est la première fois que tu poses cette question en trois ans de séparation…

Il m’a dévisagé.

- Lors de sa seconde grossesse, ta mère est devenue anorexique. Après l’accouchement, elle a perdu cinq kilos de son poids initial. Puis son mal a pris d’autres chemins plus complexes. J’ai essayé de l’aider comme je le pouvais mais je me suis laissé ligoter et enfermer par sa maladie. Je ne pouvais plus vivre ni faire quoi que ce soit pour moi.
– J’ai entendu que tu ne voulais pas de moi…
- Ce n’est pas vrai. Avant que ta mère ne tombe enceinte, je ne désirais pas de deuxième enfant. Les relations entre ta mère et Ana étaient si difficiles ! Je devais sans arrêt faire tampon. Et puis, je trouvais dommage de ne pas profiter de ta sœur et de sa petite enfance. Mais quand j’ai vu pour la première fois ton p’tit cœur battre à l’échographie, j’ai vraiment eu hâte que tu naisses !

J’étais décontenancé par le tour que prenait cette discussion. Je voulais dissiper les zones d’ombres.

- En ce qui concerne les attestations, le mieux est que je vous les lise. Comme ça, vous pourrez vous en faire une idée par vous-même. De toute façon, elles seront dans une pochette à votre disposition. Elles font partie de votre histoire, vous pourrez les consulter à tout moment de votre vie !

Tout au long des lectures, les enfants n’ont pas bougé. Une fois terminé, nous n’avons plus jamais parlé du divorce.

*Baba= Grand-mère
Corrections assurées par Janjacq

6 Réponses to “H +1534 – Epilogue 2/3 – La première et seconde balle”

  • comdhab dit :

    tu as bien fait de lire les attestations à tes enfants… Le fait de garder une pochette pour eux avec tous les documents est une bonne idée. Surtout que Céline semble douée pour faire du chantage affectif et, manipuler la vérité …
    Perso, j’ai gardé tous les courriers sur la réflexion de notre désir d’enfant, ensuite toutes les missives agressives d’Anita et les documents constituants les dossiers pour le JAF. Tout ce gros et lourd dossier, depuis 2001, sera à disposition de Leelou… elle se fera sa propre idée sur nous et notre façon de voir la vie…
    passe un bon week-end et, au plaisir de te lire…

  • arthur dit :

    **je comprends que tu n’aies pas écrit pendant un bon moment…tout ça est bien difficile à gérer, mais je trouve très belle ta relation avec tes enfants, qui est très sincère et authentique…et tes réactions me semblent très justes, je suis assez admiratif de ta capacité à réagir correctement, et en tous les cas, de façon très honnête, ce qui ne semble pas le cas de ton ex…
    **mais toi aussi , tu as vécu des moments très durs avec tes parents…ce n’est pas rien à 12/13 ans ce genre d’expériences! alors , préserves toi , et tes enfants…
    je pense que l’épilogue se termine bien pour toi et tes enfants. Sinon, tu ne parlerais pas de « balles dans le pied » .
    **passes un très bon week end…

  • Christophe dit :

    Content de te « revoir » sur la toile. Bises

  • Virginie dit :

    C’est vrai que tu as de belles relations avec tes enfants… Je me souviens de ton billet sur la gay-pride ou tu parlais de ton fils !
    Je souhaite bien sur un épilogue heureux à tes soucis, et je te trouve très serein dans tes écrits… Je vois sur le côté que tu ne vois toujours pas le soleil….
    Je t’en souhaite du soleil dans ta vie comme en Crête !
    Je t’embrasse et te souhaite de bien te détendre ce week-end…

  • arthur dit :

    tu as des origines russes? ou bulgares? ou de par là-bas??

  • Virginie dit :

    Un petit coucou pour te souhaiter une bonne journée et donne de tes nouvelles… J’espère que tu vas bien…
    Bisous et à bientôt

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