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H+360 – Back to the past 4/4

Je retrouve mon équilibre, je lui souris, un peu crispé, je m’avance, tendu; je l’honore d’un bonjour Madame la Juge; elle me sourit, crispée; mon avocate m’arrête dans cette marche forcée et me glisse à voix basse que ce n’était pas la juge mais une greffière!!! J’entre alors seul dans le bureau déstabilisé par ma bévue: Madame la Juge est déjà assise, elle, dans son fauteuil, chaussée de demi-lunes, le regard inexpressif, en position. Elle se saisit d’un papier, celui qui se trouve juste au-dessus d’une pile de dossiers devant elle:

- Déclinez votre identité, je vous prie.

J’ai l’impression de passer un grand oral, avec, pour unique jury, une seule personne. Un nœud au ventre me saisit, je suis debout à attendre les instructions. Dois-je m’asseoir? Rester debout? Mêmes doutes et mêmes angoisses qu’il y a  trois ans devant les jurés de mon concours. Ma langue reste collée au palais, impossible de la mettre en mouvement; plus j’y pense et plus je la sens lourde, sèche et de taille surdimensionnée; j’ai un boa dans la bouche!!! Il est peu probable que cela m’arrive un jour, mais pourtant à cet instant cette foutue langue m’embarrassait. Il fallait répondre et vite à Madame la Juge.

- Je suis Quatorze cent quarante et un, j’habite à Vierlous, 14 rue des Gendarmes.
- Bien, dit-elle d’un ton ferme. Veuillez-vous asseoir.

Elle marque un instant.

- Je vous entends le premier puisque c’est vous qui avez déposé la requête. Alors? Que pouvez-vous me dire concernant votre situation?

Je lui explique brièvement mon souhait de divorcer, et enchaîne sur ma demande de résidence principale pour ma fille et de résidence alternée pour mon fils.

- Excusez moi de vous interrompre mais comment justifiez-vous la différence de résidence entre vos deux enfants?

- Ma fille a des difficultés relationnelles avec sa mère, dis-je avec conviction. Elle souhaite rester en résidence principale chez moi. Mon fils, quant à lui, préfère rester en résidence alternée.

- Nous reviendrons sur ce point plus tard, me précise t-elle. Je vais recevoir votre femme si vous n’avez rien à rajouter.

Je sens que l’entretien m’a échappé, que mes paroles ont éclaté comme des bulles de savon contre un mur, pas une seule expression n’a jailli de ses yeux, ni de sa bouche trop pincée, que des mots sans affect, qu’un regard froid sans humanité. Je ressors avec le sentiment d’avoir perdu la bataille, celle que ma fille m’avait chargé de gagner pour elle. Je retourne à ma place tandis que le nom de Céline retentit dans ce vaste couloir, et cet écho qui résonne dans ma tête de ce prénom si souvent accolé au mien, fait place à sa silhouette malingre, faible de souffrances anorexiques. Pas un mot, pas un regard non plus, que sa tête plongée sur ses pieds. Une tristesse m’envahit, incontrôlable, j’ai pitié d’elle.

Je croque le marmot tant bien que mal. Quinze minutes qu’elles se parlent, bien plus que ce que je n’ai eu. Je jette des regards interrogateurs à mon avocate. La peur se lit sur mon visage, j’en suis sûr. Je n’ai plus d’ongles à ronger lorsque la greffière nous appelle, mon avocate et moi. J’entre, j’observe successivement Céline sur son siège et Madame la Juge. Je prends place.

- Monsieur, 14 141, vous n’avez pas été honnête avec moi, tout à l’heure.

Pris au dépourvu, je lui rétorque:

- Je ne vois pas en quoi je n’ai pas été honnête avec vous?
- Votre femme m’apprend que vous vivez avec un homme et que vous partagez votre vie avec lui.
- C’est exact en effet mais je ne vois pas en quoi…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’elle poursuit:

- Ce qui se passe dans votre vie privé m’importe! Vous avez deux enfants et je veux être certaine qu’ils ne subissent aucune maltraitance physique ou psychologique!!! dit-elle d’un ton cinglant. Votre femme vit avec sa compagne et vous avec votre compagnon. C’est une affaire particulière, vous en conviendrez!
- Je  n’ai rien à cacher, dis-je brutalement. Je comprends certes votre point de vue, mais lors de notre entretien individuel, à aucun moment vous n’avez fait allusion à ma vie actuelle, ni à ma vie privée, d’ailleurs. En quoi ai-je été malhonnête?”
- Monsieur 14 141, que les choses soient bien claires entre nous, je n’ai pas le droit de vous juger sur vos préférences sexuelles mêmes si j’ai mes propres opinions sur l’homoparentalité! Je dois prendre une décision en ce qui concerne vos enfants et je vous prierai d’être plus collaboratif avec les instances judiciaires.”
- Je n’ai rien à cacher, dis-je pour la seconde fois lourdement. Et je ne m’oppose pas à votre travail en essayant de préserver mon intimité!

Mon avocate, voyant le vin tourner au vinaigre, intervient en enchaînant sur sa plaidoirie. Je remarque simplement que la juge n’est pas vraiment à l’écoute, souffle, et montre des signes de mécontentement, coupe mon avocate qui se débat tant bien que mal. Puis c’est le tour de l’avocate de Céline qui m’accuse de manipuler les enfants, d’être vénal, et que le “clan 14 141″ œuvre à la perte de sa cliente en la traitant de mauvaise mère devant les enfants! Tous ça dans un silence presque religieux de la juge. Et puis que mon p’tit Zèbre a les moyens, qu’il est directeur d’agence et qu’il gagne 2500€ par mois… j’avoue que j’aimerais bien mais malheureusement, il n’en est rien! Et puis est-ce à lui de subvenir aux besoins de mes enfants?

- Voilà! dit son avocate. Voilà pourquoi nous demandons une résidence alternée pour les deux enfants, le rattachement fiscal de moitié car nous savons très bien que Monsieur 14 141 cherche à avoir le maximum d’avantages fiscaux afin d’en profiter lorsqu’il sera pacsé avec le p’tit Zèbre! Et pour finir, nous demandons une expertise psychologique de Monsieur et de sa fille, et une enquête sociale pour Monsieur.
- Monsieur 14 141, acceptez-vous cette expertise et l’enquête sociale? demande Madame la Juge.

Je sens une pression sur moi. Je suis pris au dépourvu. La partie adverse ne devait-elle pas nous le signaler avant?

- Madame, je m’oppose à ces demandes car elles ne se basent sur aucun fondement et sont disproportionnées. Cependant, je vous demande d’auditionner ma fille qui pourra, sans aucun doute, répondre à vos préoccupations. Vous pourrez alors juger par vous-même de la qualité et de l’authenticité de ses propos!
- Madame, souhaitez-vous que j’auditionne votre fille? demande Madame la juge.
- Non, je ne veux pas que ma fille subisse cette épreuve!
- Bien! Au vu des éléments que j’ai entendus ce jour et des documents fournis par les deux parties, je prendrai une décision provisoire. Elle vous sera communiquée par courrier. Je statufierai le 8 Septembre. En attendant, je vous souhaite de bonnes vacances.

Oui, de bonnes vacances…

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Cette fois un grand merci à janjacq qui fut plus rapide que l’éclair pour corriger mes satanées fautes!!!! Chapeau bas!

13 Réponses to “H+360 – Back to the past 4/4”

  • Virginie dit :

    « je n’ai pas le droit de vous juger sur vos préférences sexuelles mêmes si j’ai mes propres opinions sur l’homoparentalité!  »
    Et elle fait quoi là, elle n’as pas à donner son avis privé sur cette question !!!
    Et est-ce que ta fille à pu s’exprimer ou faut-il que les deux parents soient d’accord ?
    Tu as eu le résultat le 8 ou pas encore ?
    Je suis effarée et triste et ne dits plus et c’est la deuxième fois que je te le dits ! que tu n’as pas d’avenir, non mais !!!!!
    Passe un bon week-end et sache que nous sommes avec toi ..
    A bientôt !

  • Daidou dit :

    Cette phrase du juge est retranscrite mots pour mots! En ce qui concerne le résultat, je l’ai depuis trois jours maintenant…
    Pour répondre à ta question: non, ma fille n’a pas été auditionné malgré qu’elle est envoyée expressément une lettre au JAF demandant audience! Si il y a un avocat dans le coin qui peut m’aider… car visiblement la mienne n’y arrive pas! Pour de l’avenir ma chérie… vu le résultat, je suis un peu secoué! Bientôt l’épilogue…

  • janjacq dit :

    diable, es-tu sûr qu’il ne faille pas écrire… satanéEs ? lol

  • Daidou dit :

    Je savais bien que j’allais en faire une!!!! Merci encore à toi!

  • Virginie dit :

    janjacQ on l’aime aussi pour ça !

  • kindgay dit :

    J’attendais cet article pour savoir comment évoluait l’histoire et je dois dire que l’attitude de la juge est choquante. Elle ne souhaite pas donner son avis personnel mais trouve un moyen détourné de le dire sans le dire, c’est immonde. Surtout pour parler de l’homoparentalité.

    Je te souhaite plein de courage dans cette épreuve! En espérant que le dénouement soit heureux.

    Bises

  • Daidou dit :

    @kingay: Le dénouement me noue! Mais j’en parlerais la semaine prochaine. Merci à toi pour ton message de soutien! Bises

  • Eric dit :

    Ton histoire me touche et montre une nouvelle fois qu’il y a un sérieux problème de recrutement des magistrats. Quand on voit la composition des promotions qui entrent à l’ENM, on ne s’étonne pas de ce genre de réaction féministo-bourgeoise. Les JAF semblent décrocher la palme de l’étroitesse d’esprit ; il y a d’ailleurs une association de pères en colère qui relaie ce combat.

    Mon petit avis sur ton cas:
    - ta fille a le droit d’être entendue si elle en fait la demande (art. 388-1 c.civil) ; à défaut, tu pourras demander l’annulation de l’ordonnance (cf. civ 18 mai 2005 http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&idTexte=JURITEXT000007050072&fastReqId=1071873356&fastPos=1)

    - l’enquête sociale, c’est normal, pas d’inquiétude là dessus (art. 373-2-12 c. civ)

    - l’enquête psychologique, beaucoup moins ; je ne suis pas spécialiste de la matière, mais je n’ai pas trouvé de fondement juridique qui la permettrait ; en tout état de cause, elle devrait répondre à un sérieux motif vu qu’elle porte clairement atteinte à ta vie privée (art. 8 CEDH)

  • Daidou dit :

    @Eric: Merci pour ton commentaire et bienvenue car c’est la première fois que je te lis. En ce qui concerne l’enquête psychologie, je ne sais pas si je peux m’y opposer à moins de faire appel. Si c’est le cas, je suis obligé de prendre un avoué et je ne peux pas me le payer!!!!

  • arthur dit :

    je rentre juste ce soir….ton post me touche..mince, ca semble mal barré, je ne comprends pas pourquoi…cette juge est vraiment stupide…j’attends ton épilogue, que je souhaite heureux…courage, et tiens bon, tu vas gagner, ta fille et toi le méritez!!!

  • Eric dit :

    C’est à moi de te remercier pr ton blog ;)

    Ah oui, les avoués…encore une profession à supprimer…

  • Daidou dit :

    L’epilogue sera bientôt en ligne. Il faut juste que je vive encore un ou deux trucs avant de pouvoir vous le livrer…

  • comdhab dit :

    J’ai l’impression de me revoir à la première audience où j’ai ressenti l’hostilité de la JAF car d’une part je suis un homme et, ensuite je suis homo. La JAF a eu une petite parole déplacée par rapport aux gays montrant clairement ses préjugés.
    Je suis outré de voir que ton avocate ne se bouge pas plus que ça. Mon avocate n’a pas voulu jouer la carte de l’homosexualité. Elle voyait un différend entre un père, une mère concernant un enfant. Pour l’adversaire, c’est une histoire gay un point c’est tout… avec une pauvre femme fragile et soi-disant agressée par moi-même (archétype du mâle violent lors des divorces…).
    Pour l’enquête sociale sert t’en pour apporter des documents à transmettre au JAF, courrier d’un psy consultant ta fille. Bref, je sais que c’est difficile mais faut garder le moral.
    Alors pour ça, je te fais de gros bisous et te dis a+

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