H- 4584 Le coq plombé
Symbole de notre chère patrie, le coq est un animal de basse cours fort apprécier lorsqu’il est cuisiner au vin.
Quand nous avons les deux enfants en même temps, il m’est très difficile d’être au four et au moulin. Les douches, les devoirs, le rangement et les lessives sont autant d’activités qui réduisent le temps pour confectionner de bons petits plats. Aussi, c’est avec délectation que je me repose sur ma cuisinière attitrée: Grand’ma. C’est comme ça que mes enfants appellent la grand mère de mon P’tit Zèbre.
En effet, à 86 ans, cette octogénaire aguerrie par une vie de femme au foyer, est une véritable mère juive. Ne se lassant pas de tourner sa vie vers celles des autres, elle lave, repasse, comble les découverts, va chercher son p’tit fils à la sortie des discothèques (… ?) et prépare de bons petits plats pour nous.
Ce soir là alors que nous étions tous réunis devant son coq au vin, et après avoir récité la prière au grand’ma*, nous attaquons avec empressement ce qui se trouve dans nos assiettes. Dans un silence presque religieux, nous entendons que les bruits de nos fourchettes. Tout à coup, mon fils s’arrête net de mâcher. Mon regard l’interroge. Il est tombé sur quelque chose de dur, nous dit-il. Mon p’tit Zèbre avec son aplomb qui le caractérise quand il annonce une connerie, lui réplique : « Ca doit être un plomb !»
Je ne m’y connais pas trop bien en abattage d’animaux mais je n’imagine pas l’abatage d’un coq ou d’une volaille par coup de fusil à plomb et encore moins Grand’ma courir après son coq la carabine à la main… Après une discussion avec cette dernière, elle utiliserait un système « Electronarcose-assomoir » qui envoie une décharge électrique tétanisant la bête. Il n’y a plus qu’à lui trancher le coup… une sorte de chaise électrique accouplée à une guillotine !
* « Gouttons dans la paix les nourritures qui nous sont offertes par Grand’ma. Béni soit-elle pour tous ses dons. Amen »
Lire...H -5040 L’équilibriste 1/2
N’ayant aucune expérience du couple gay, j’avance en terrain inconnue et miné. Cependant grâce aux quatorze années passées avec mon ex femme, je perçois les quelques pièges et écueils d’une vie à deux, du train-train quotidien, des soirées pizzas télé, de la monotonie des dimanches pluvieux et du sexe sans plaisir. Aussi je suis très vigilant dès que je sens poindre l’un de ces symptômes; L’hiver est propice à ce genre de phénomène. Le froid, la neige et le manque de soleil, nous conduit à des finasseries animalières: l’hibernation.
Comment réagir ? Nos week-ends s’enchaînent de surprises en rencontres pour être dans le mouvement, dans la vie en cherchant la sensation des premiers instants, de la première fois ou l’on se dit je t’aime, et que l’on s’embrasse chaudement avec passion. Toujours surprendre l’autre, l’étonner, prendre soin de lui. Deux expériences se sont enchaînées.
Dimanche 18 janvier. C’est notre date, celle où après un court dialogue sur « résog », mon p’tit Zèbre m’invite sur son lieu de travail. De la météo, je me souviens guère ce jour là ou peut être juste une impression de lumière diffuse. L’excitation, l’énergie me propulsaient sur le trottoir de son hôtel poussé par une étrange sensation de bien être. J’étais beau musclé et sur de moi. J’aimais mon ex et pourtant, j’allais mettre fin à cet amour déjà à l’agonie en franchissant le seuil de l’hôtel. Il était là, à la réception, dans son costume sombre. Sa jeunesse resplendissait sur ma trente cinquième année. Il me fait patienter quelques instants avant de gravir les escaliers. Je me souviens de la chambre numéro 2, elle est gravée dans ma mémoire ; à peine franchis son seuil que nos bouches se sont entrouvertes pour un baisé fougueux. Le chemin fut long et pourtant sans rien dire, je l’ai ramené dans cette chambre quatre ans plus tard. Sans mot dit, nous sommes montés par cette escalier nous amenant dans notre chambre, la numéro deux celle que mon p’tit Zèbre occupa deux ans. Le papier peint est toujours là, repeint en bleu, la literie n’a pas changé, couinant à chaque tressautement, dans le noir nous revenons sur nos pas sans nostalgie, sans peur, se serrant encore plus fort, véritable tenaille de nos sentiments. La chambre deux a vibré une nuit de plus dans notre histoire.
Le lendemain, je pars le premier. Je ferme la porte comme je l’ai fais nombreuses fois auparavant sans regret juste le bonheur au cœur d’avoir ouvert une page, celle de notre affection.
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