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décembre 2008

H -6384 Nous nous sommes tant aimé

Ancien blog – 10 Décembre 2006 :

« On me fait entrer dans une salle d’attente plutôt austère, pas qu’elle soit franchement ascétique mais ces tons pastels clairs installent une atmosphère d’un air d’hôpital cherchant désespérément à mettre un peu de gaîté sur leurs murs. C’est mon premier rendez-vous. Je m’installe sur une vulgaire chaise fraîchement rempaillée, mon dossier bien serré entre mes mains.

C’est ma mère qui me l’a conseillée, il paraît qu’elle est très bien. Nous sommes quatre à nous faire face, chacun avec une affaire sur le feu, sur le gaz, une affaire à liquider, à solder, pour nous vider, pour nous débarrasser de nos tristesses, sauter les obstacles de nos petites déprimes, de nos petites névroses. Nous sommes quatre à nous dévisager, à scruter nos visages crispés, à désirer écouter l’histoire de l’autre, afin de se délecter de son malheur comme pour se rassurer que la sienne est moins ceci, moins cela et plus ça. Je prends le premier magazine sur la table comme j’ai l’habitude de procéder dans une salle d’attente, sans chercher un article qui m’intéresse, simplement poser mes yeux sur un page griffonné d’écriture et de photos. 

La femme au chignon ne cesse de me fixer, l’air amusé ou moqueur, je ne sais pas trop bien, alors je reste imperturbablement scotcher à ma revue, tenue de mains fermes. Je ne me souviens pas vraiment par quoi j’étais traversé à ce moment-là, mais mon regard concentré baladait la page. Un bref coup d’œil par-dessus le périodique, je m’aperçois que la dame au chignon et l’autre aux teints délavés se murmurent des petites choses, des cachotteries de gamines. Je suis leur cible visiblement. Je décide de ne pas prêter attention à ces cancans moqueurs. Devant l’insistance de leur regard, je cherche désespérément un détail vestimentaire saugrenu ; en vain, je me replonge dans ma lecture mais le magazine était à l’envers, voilà tout ; 

La dame au chignon se lève précipitamment à l’appel de son nom. À la porte de la salle d’attente, une petite bonne femme se tient là, le regard franc et malicieux. « C’est-elle » me suis dis-je. Il n’y avait aucun doute, ça ne pouvait être qu’elle. Elle ressemble à Bactérie en plus rondelette et en plus mature aussi, plus veille quoi ! Sauf que son regard est naturellement maternant, rassurant. La deuxième femme se retire poliment. Je suis pourtant arrivé avant elle… j’aime attendre de longues minutes en pensant à rien, à me laisser glisser dans une rêverie, mais celle à laquelle je m’abandonnais, ne me convenait pas. Je voulais en finir avec ce rendez-vous, mettre un terme à ce long cheminement. 

[Il est tant de mettre de l’ordre dans ma vie, 14141!] 

Mon nom résonne dans un extraordinaire écho. Une femme, à la carrure de Laurence Boccolini, me fait face, l’air de « je vais m’occuper de toi et en faire que d’une boucher de ta petite affaire ! ». Je lui serre la paluche avant qu’elle me conduise dans son cabinet, une pièce exiguë au mur crème quadrillé par un papier de verre de piètre qualité. Je m’assois donc sur la chaise, face à elle, comme chez ma psy. Et puis je déballe ma misère comme chez ma psy, et je crève l’abcès purulent comme chez la psy, et puis je m’étale comme chez la psy, mais à ces réponses, je n’ai pas affaire à une psy ! C’est mon avocate parbleu ! Nom d’une saperlipopette !!! 

L’exposé finit, elle me regarde froidement : « On va reprendre point par point, Monsieur 14141 ». Elle prend note soigneusement puis, d’un geste machinal, saisie son dictaphone en hurlant les mots : divorce, M.14141 contre Madame 14141, enfants, garde, … , je revois alors ma vie, de ces derniers mois, défilée à une vitesse phénoménale ! Il paraît que c’est comme ça quand on se meurt, on revoit sa vie ; alors dans cet instant, je crois que je suis un peu mort. Ressuscitant juste après qu’elle est appuyée sur le bouton « stop », elle me dévisage. « Vous n’avez rien à ajouter, Monsieur Scribouille ? » « Si, j’ai omis un détail, je suis bisexuel et j’aime un jeune homme ». Imperturbable, elle attrape un stylo-feutre rouge et marque en gros sur mon dossier : « Orientation sexuelle non déterminé – bisexuel amoureux ».

Le couperet tombe, cinglant, et comme toujours je ne me trouve pas là ou je devrais être. Son visage fermé : « Vous avez bien réfléchi pour les enfants ? Vous souhaitez vraiment une résidence alternée ? ». Oui ! Madame, l’avocate, j’ai bien réfléchis, je veux mes enfants à mes cotés et moi aux leurs. Aucun obstacle, même ma sexualité, ne pourra m’empêcher d’aimer et d’éduquer mes enfants. Elle referme le dossier, me tend sa main, me broie la mienne au passage, et referme, comme ce foutu dossier, la porte sur mon espoir de voir des jours meilleurs, des jours où tout ceci sera loin de moi. »

 

Deux ans plus tard:

C’est loin de moi aujourd’hui et je vis des jours vraiment meilleurs… mais le divorce n’est toujours pas prononcé. A suivre….

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H -6480 Les Inséparables 4

Comme pris en flagrant délit, les deux compères me suivent dans la cuisine, puis John rejoint Tippi dans la chambre des enfants au troisième. Mon p’tit Zèbre me glisse alors dans l’oreillle:

- Il n’est pas bi comme toi? 

- Ca m’étonnerait! Mais les gens évoluent, changent. Pourquoi cette question?

- Ben, il est super bizarre avec moi… il a tenté de prendre ma main tout à l’heure…

Je le rassure, et lui ré-explique brièvement la propension que John a pour le « caméléonage ».  

Nous passons donc à table gentiment tous les quatre, parlons d’anciens potes d’université, d’expos, de films. J’explique à John que pour moi la cinéphilie est morte avec « Twin Peaks » qui a laissé place à une culture télévisuelle. Alors commença le jeu du ping pong, on se lance alors des titres de S.A. (séries américaines) et de films pour bluffer l’autre, montrer ainsi sa supériorité culturelle: Dexter, Soprano, et j’en passe. John dans un effet de style approprié, s’adresse à mon p’tit Zèbre afin de lui demander son avis. 

- On a revu « American Pie » et on s’est bien marré! C’est un de mes films préférés.

Je confirme que c’est marrant mais en ajoutant que c’est du pure divertissement. On est loin du chef d’oeuvre. Qu’à cela ne tienne, John enchaîna immédiatement un discours verbeux sur les ressorts comiques extraordinaires de cette comédie. Que c’est un film génial!!! Mon pt’tit Zèbre jubilait que john épouse son point de vue. Je défends mon bout de gras avec peine tellement le ridicule de ces propos sont exagérer. Je comprends alors que John est en crise de « caméléonisme » aiguë. Il est et adopte totalement la pensée de mon p’tit Zèbre. Sans suit alors une crise de fou rire, inoubliable. « Américan Pie » un chef d’oeuvre du 7ème art!

John, tu es formidable!

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H -6528 Les inséparables 3

John et Tippi ont acheté un appartement de trois étages à Paris avec cours intérieur. Tippi gagne beaucoup d’argent, aussi quand nous sommes arrivés, ils venaient tout juste finir la rénovation de leur cuisine. La Gazinière de compétition à peine mise en service qu’elle était déjà inaugurée avec des mets d’exceptions. Tippi et John ne connaissent pas mon p’tit Zèbre. Ils ne savent pas qu’il est simple et peu cultivé; mais me connaissant bien, ils s’entendaient sans aucune doute à découvrir une tapette du marais « hypercultivée » avec lequel on aurait pu échanger nos dernières impressions sur des films d’auteurs Coréens ou Afghans. Le choc est un peu rude; John et Tippi sont des gens biens élevés, aussi ils continuèrent à faire comme si.

Foie gras toasté sur pain d’épice, Beluga arrosé de champagne, détend un peu l’atmosphère. Après trois verres, je ne résiste plus. J’ai une furieuse envie de tirer sur une clope! Je m’éclipse cinq minutes pour assouvir mon désir tandis que Tippi va dire bonne nuit à ses deux enfants préalablement couchés par la gouvernante. Je laisse donc John avec mon p’tit Zèbre.

Mon p’tit Zèbre est peut-être peu cultivé dans les choses des Arts, mais possède une connaissance pointue en Pop/Rock. Profitant de ce moment d’intimité, John propose à mon p’tit zèbre de choisir un disque. Tout les deux quittent la cuisine pour le séjour.

John n’est pas gay pour un sous, John est hétérosexuel. John mesure 2m02 et pèse 98 kg mais John est un caméléon! Aussi, alors que mon p’tit Zèbre contemple avec stupéfaction la richesse de la discothèque de notre hôte, John s’approche de plus en plus près, s’imposant avec sa carrure de cow-boy. Mon p’tit Zèbre s’empare naïvement d’un cd. Dans un geste presque anodin, John s’interpose et prend la main de mon p’tit Zèbre et la relâche presque immédiatement en se confondant en excuses. Je les retrouve l’un en face de l’autre discutant. Mon p’tit Zèbre arbore un sourire embarrassé.

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H -6576 Les inséparables 2

Samedi soir, retrouvailles avec les inséparables: Alex et Wendy (je sais que je suis un peu en retard mais comme personne ne vient lire ce blog, le retard ne dérangera pas grand monde…)

Pour faire bref: Alex, c’est l’ami de la fin de l’adolescence, ensemble nous avons rêvé d’un monde meilleur, nous avons rêvé d’un monde de lumière, d’ombre, de couleurs, de sons, de musiques et de mouvements. Ensemble nous avons usée les fauteuils des cinémas, créée des scénarios, tourné un film et fait nos études dans la même université.

Wendy, c’est celle dont tous les copains sont tombés amoureux, Alex, Hervé, moi et les autres. Wendy, c’est l’Amérique, les westerns, Scorcese, la MGM, Woddy Allen… et c’est Alex qui la épousé! Le John Wayne français s’entiche de la réincarnation de Tippi Hedren!

Faut dire qu’Alex est caméléon. Je n’ai jamais rencontré de ma vie, une personne qui soit à ce point capable de se travestir aussi bien que lui. Lorsqu’il converse avec un cancérologue, ils se parlent des dernières évolutions du traitement bio-chimiothérapie; ou encore lorsqu’il croise un peintre en bâtiment, la conversation devient immédiatement technique. Alex le caméléon ne s’embête jamais, Alex le caméléon n’est jamais là où l’on pense qu’il est. Et ce soir là, il le prouva encore…!!!

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H -7152 Les inséparables 1

 

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