Petites nouvelles du Front
Cela faisait quelques temps que je l’attendais, un mois environ, depuis ma dernière entrevue avec Madame le Juge. Je l’attendais son ordonnance, non sans inquiétudes car elle déterminerait la résidence d’Ana de façon définitive. En allant à la boîte à lettre ce matin, non coeur était déjà serré. Je savais qu’elle serait là, l’enveloppe de mon avocate.
Les coïncidences se généralisent car à chaque épisode judiciaire, je me retrouve toujours seul. Mon p’tit Zèbre n’est pas là, n’est pas joignable et ce à chaque fois. Je décachète l’enveloppe avec précipitation:
Selon l’expert Ana, est une jeune fille posée, mûre et extrêment préoccupée qui a vécu difficilement la séparation des ses parents en particulier, selon Mme X (l’expert psy) parce qu’elle percevait la fragilité de ses parents et notament sa mère.
Aujourd’hui elle ne trouve pas sa place au sein de la famille.
Elle exprime plus facilement « une souffrance morale à l’égard d’une relation que’elle juge complexe à la mère. Elle se montre en effet dans une forte attente de reconnaissance à l’égard de la mère et son manque de confiance en soi fait écho au sentiment de ne pas être assez bien pour être aimée. »
Mme X en conclusions indiques qu’aucun élément ne permet de remettre en cause l’exercice conjoint de l’autorité parentale, que le maintien de la résidence alternée pour Eric ne pose pas de problème et que concernant Ana, compte tenu des éléments recueillis, il lui semble important qu’une garde alternée soit formalisée pour renforcer le positionnement de la mère à sa juste place et par la même fournir un point de repère à la jeune fille.
Un travail de psychothérapie pourrait aider Mme 14 141 à restaurer le lien à sa fille.
L’expert considère qu’il est possible de compter sur une entente des parents qui « en bonne intelligence devraient pouvoir montrer une certaine souplesse et adapter ce mode de garde à l’évolution de la relation mère /fille ».
Il est patent que la séparation des parents, leur choix de vie respectable mais probablement difficile à assimiler pour leurs enfants (et notament Ana qui est plus âgée) qui ont connu une famille « classique » et comparable à celle de leurs camarades ont contraint Ana et Eric à mener prématurément des réflexions d’adultes pour lesquelles ils n’étaient pas préparés.
Ana a demandé à être entendue par le juge à la veille de l’audience et alors qu’elle avait connaissance des conclusions de l’expert.
Toutefois,lors de l’audience les deux parents ont souhaité le maintien de la résidence alternée pour Eric et la fixation de la résidence d’Ana chez son père, le seul point de désaccord concernant la durée du droit d’accueil de la mère.
Ainsi les souhaits d’Ana ont été respectés et il n’est plus nécessaire de l’entendre à nouveau.
Il n’existe donc aucun motif de faire droit à la demande de Mr 14 141 sur ce point et d’autant plus que Ana a déjà été entendue par l’expert psychologue.
A cet égard, il y a lieu de relever que Mme X, sur le fond, invite en réalité les parents à entendre la souffrance de leur fille et à dépasser leurs propres rancoeurs.
De même elle souligne que Mme 14 141 doit comprendre que Ana, pour retrouver confiance en elle, a besoin d’une relation privilégiée avec elle et de temps qui lui soit exclusivement consacrée et de tendresse.
C’est pourquoi la demande de Mme 14 141 tendant à accueillir sa fille le jeudi soir sera entendue puisque cette soirée pourra normalement permettre à la mère et à la fille d’avoir un temps pour elle sous réserve que Mmé 14 141 qui de son coté a également d’autres contrainte l’organise en ce sens.
Enfin il appartient à Mme 14 141 seule de décider si il convient ou non qu’elle se fasse aider par un psychothérapeute.
De même il appartiendra de Mr 14 141 dans l’intérêt bien compris d’Ana, de faciliter les relations mère/fill en évitant toutes considérations hâtives sur le comportement ou les besoins de soins de Mme 14 141 qui ne peuvent que ternir aux yeux de l’adolescente l’image de sa mère et déstabiliser Ana.
En dernier lieu, au vu de l’évolution d’Ana et de ses proches et de ses rapports avec les adultes qui l’entourent, les parties, si aucune décision amiable ne se dégage pourront re-saisir le juge.
Pas de quoi se réjouir, certes j’obtiens la résidence principale d’Ana avec 100 euros de pension alimentaire pour lui payer son collège, la nourrir, la blanchir, lui donner une éducation musicale et sportive…
Je ne ferais pas appel mais je ne perds pas espoir. J’ai une très bonne nouvelle côté travail qui risque de chambouler un peu tout ça… je ne vous en dis pas plus.
Bises et au prochain épisode
Lire...H+ 4132 – Reprise
Petites nouvelles du front:
- J’ai un RDV en urgence avec mon avocat Jeudi soir. Nous ferons le point de la situation catastrophique. Rien n’est perdu selon elle, nous devons défendre nos positions avec une contre expertise.
- Je dois amener des éléments nouveaux chez le juge: la lettre de l’orthophoniste qui n’est pas à piquer des vers contre Céline…; une attestation de ma soeur Pédopsychiatre ainsi que celle d’un de ses confrères (basés sur le rapport mais avec une contestation de la conclusion); ainsi qu’une attestation de la ex-psychologue d’Ana.
- Céline veut me voir au plutôt. Elle veut me persuader que la solution de l’expert est la bonne. Je lui ai répondu que cela ne servait à rien mais que j’acceptais la rencontre.
- Ana est en stage une semaine chez ma soeurs à Limoges et ne veut pas parler à sa mère.
J’ai dormis 4 h cette nuit, grâce à 1 Lexo et 1 Stil…ox. Ce n’est pas bien, je sais, mais qui veut prendre ma place???
Bisous à tous
Quizz : Il se peut que Samedi matin 10h00, je sois mort ou dans un piteux état. Pourquoi?
Lire...H+ 4030 – Abandon
Je viens de recevoir l’expertise psychologique et je suis anéanti. Celine est la grande gagnante; la victimisation de son cas est reconnu.Je suis le grand méchant qui est parti alors que sa femme était atteinte d’anorexie. Cette maladie, si je n’en suis pas réellement la cause, prendrait néanmoins naissance au sein de ma propre famille, l’origine en serait ma grande manipulatrice de mère… et je n’aurais rien fais pour protéger ma femme.
Bref, la psychologue a vu des choses parfois très justement dans le comportement d’Ana et a globalement rempli sa mission d’expertise. Cependant ses conclusions restent des plus surprenantes : « Concernant Ana, compte tenu des éléments recueillis et dans l’intérêt exclusif de la jeune fille, il nous semble important qu’une garde alternée soit formalisée. Celle-ci permettrait par ailleurs, de renforcer le positionnement de la mère à sa juste place et par là même de fournir un point de repère fiable à la jeune fille. »
Voilà, j’ai perdu les batailles et je crois que je vais abandonner toutes mes démarches, accepter toutes les revendications de ma femme, ne plus me battre contre des moulins à vent…
Lire...H+ 3117 – Deus ex machina 1/3
Les coïncidences, les imprévus, les rencontres inopportunes et les accidents ont toujours sur moi les effets les plus contradictoires ; fascinants ou déplorés, ils ont souvent quelque chose d’irrémédiable, presque un goût d’amertume chocolatée ou de fatalisme acidulé. C’est qu’ils s’octroieraient même le droit de révolutionner votre vie ou de vous précipiter dans le trépas en un clin d’œil ! Tragédie, drame, comédie et farce sont ces articulations de la vie qui vous la mènent dure ou vous la rendent douce et agréable.
Ce jour-là, je suis entré dans son cabinet avec mes questions, mes angoisses et mes colères. Elle avait pris un peu de retard, comme à son habitude, mais je n’ai juste eu le temps que de jouer quelques parties de « doodle jump» sur mon iPhone. Avec elle, j’ai essayé toutes les plages horaires sans succès véritable. Cette femme est incapable de tenir ses rendez-vous !
Après avoir subi le supplice de la main de fer, je m’étais installé confortablement. La conversation battait son plein, nous mettions les derniers détails du divorce en place lorsque la discussion dérapa, comme ça, sur un mot, sur un rebondissement d’idée. Elle se mit à me parler d’elle, de sa vie d’avant, celle où elle était mariée à son commissaire d’époux, mère de deux enfants, femme d’affaires, et aussi de son ascension sociale ! Le commissaire et l’avocate, ils détonnaient tous les deux ! Invités dans tous les grands événements provinciaux, ils paradaient dans une parfaite harmonie dissonante. Leurs amis voyaient en eux le couple parfait, complémentaires jusque dans le travail, sans apercevoir les failles conjugales.
Elle, elle en a eu marre de sa lâcheté, de ses tromperies, de ce lit vide certains soirs, et de son immaturité. Ce gamin qui aimait tant les gyrophares et les pistolets et qui faisait «mumuse» avec sa plaque, eh bien, ce gamin était devenu celui de trop dans sa vie. Elle n’avait plus envie de le materner, de le consoler, de le rendre plus fort pour qu’il puisse être plus tendre, alors elle l’a quitté, sans ménagement.
Lui ne s’en est pas remis. Sa voiture filait systématiquement vers son ancienne maison. Après son boulot, une fois devant la porte, il prenait conscience qu’il n’habitait plus là. Ses collègues étaient venus l’y chercher plusieurs fois car le juge avait statué : il ne devait plus s’approcher du logement de son ex-femme. Sa détresse faisait peine à voir, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Dans son travail, il merdait et envoyait chier sa hiérarchie en laissant parfois la violence de ses sentiments s’échapper, et s’abattre sur le pauvre type qui se trouvait en garde à vue à ce moment-là. Alors, il a sombré dans les nuits de sa dépression.
Elle coupa les liens avec sa vie d’antan : plus aucune parade devant les officiels, plus de corporatisme, mais aussi davantage d’actions militantes. Elle embrassa la cause des enfants avec ardeur, s’impliquant personnellement dans des projets d’envergure nationale, parfois au détriment de son travail.
Ce n’est qu’après une bonne heure que nous nous sommes décidés d’achever là notre entretien. J’étais regonflé par tant d’enthousiasme.
Dimanche 13 décembre au soir, pour la cinquième fois depuis le jugement, je me suis rendu jusqu’au commissariat pour signaler une «non présentation d’enfant à sa résidence principale». Mon p’tit Zèbre m’a accompagné, exceptionnellement, et je l’ai soupçonné d’être surtout venu pour mater les beaux gosses en uniforme !
Il y avait quelque chose de différent des autres fois, une ambiance particulière ; le jeune homme derrière son ordinateur prenait tout son temps, il nous laissait poireauter pendant qu’une flopée d’hommes en uniforme s’octroyait une pause-café dans la salle située juste derrière lui. Depuis notre siège et à travers une vitre, on les voyait laisser voler jusqu’à nous quelques gauloiseries.
Quand notre tour est arrivé, le jeune homme a regardé l’ordonnance de non-conciliation et a relevé mon identité.
- Je suis pas vraiment qualifié pour ce genre de travail. C’est pas moi qui m’en occupe d’habitude. Je vais vous chercher une personne plus compétente.
Il se leva et entra dans la cage aux beaux mecs. Il en ressortit accompagné d’un homme d’une cinquantaine d’année au visage creusé par la douleur.
- Messieurs, veuillez me suivre, s’il vous plaît.
Nous nous exécutâmes sans broncher, une sorte de peur et d’angoisse me saisit de façon inexplicable.
- Je vous connais tous les deux, nous affirma-t-il d’un ton suspicieux.
- Je ne suis pas très physionomiste mais je ne pense pas avoir eu déjà affaire à vous.
- Si, si, je vous connais. Vous habitez Rue des Gendarmes, à Vierlous.
- En effet ! Mais comment vous le savez ? On ne vous a pas présenté de pièce indiquant notre adresse exacte ? lui dis-je hébété. Et puis d’où tenez-vous que nous habitons ensemble ?
- Je retiens tout ! Et ça me désespère ! Un visage, une voix, une odeur, un tic, ça reste gravé dans ma tête. Vous, par exemple, je me souviens vous avoir croisé l’année dernière. Vous nous avez appelé un soir vers 23h00. Pour une tentative de vol. Une Golf, des gitans, une calandre explosée… et votre dépôt de plainte ici même.
Madame Irma en personne !!! Comment avait-il bien pu retenir une histoire aussi banale, après plus d’un an ???
- Il y a une caméra cachée dans vos locaux ? C’est une blague ou quoi ?
- Je vous dis que c’est mon drame, je retiens tout. Je n’ai aucun répit vous savez, rien ne s’efface. Depuis mon divorce, ça s’est accentué. J’avais déjà développé ce don auparavant, il m’a permis de résoudre des enquêtes, par association d’idées, mais ça a pris une place encore plus importante lors de notre séparation, ma femme et moi…
- Mais revenons à vous, poursuivit-il. Montrez-moi cette ordonnance.
Je lui ai tendu les feuillets avec une légère appréhension.
Qu’allait-il en faire?
———-
JanjacQ ne quitte pas complètement le bateau, je le remercie encore de son aide.
Lire...
H +1534 – Epilogue 2/3 – La première et seconde balle
On est parti pour la Crète la tête remplie d’incertitudes, de craintes et de peurs. Et puis, la résignation a fini par prendre place, les dés étaient jetés après tout ! Nous ne pouvions qu’attendre, et regarder les profondeurs sidérales en scrutant les étoiles filantes et en formulant des vœux à leur passage.
- Tiens! Tu l’as vue celle-là ? Elle est pour toi ! Et celle-là aussi !
Je voyais ma fille parfois songeuse, quelquefois avec l’air triste, alors toutes ces étoiles étaient pour elle… ou pour le jugement. A ces moments-là, le p’tit Zèbre se chargeait de mettre un peu d’animation, pour un sourire, ou pour déclencher le rire. Ça marchait presque à tous les coups, mais je savais que le soir, avant de s’endormir, elle s’assoupissait avec sa douleur.
Alors, au matin, le petit déjeuner sur la terrasse face à la mer chassait tous ses mauvais rêves, laissant le champ libre à une journée paisible faite de plage, de bains de soleil et de mer, de chaleur, de lectures, de visites et de rencontres. Ensemble, rien n’était aussi bon que ce temps partagé dans une véritable harmonie, et même les querelles enfantines de la fratrie s’estompaient. Les vingt un jours sont passés avec une telle rapidité que je n’ai pas réalisé que le retour nous rapprochait de la décision du juge.
Une fois sur le territoire français, nous n’avons eu qu’une envie : partager avec nos proches notre enthousiasme. Alors, ce fut la grande tournée familiale, Bopapa, Grand’ma, mes sœurs, « ma reine », et mes parents ; nos récits s’entrecroisaient les uns les autres, illustrés par les photographies de notre périple. Et puis il y eut cette foutue rupture ! Celle qui fatigue, celle qui est inévitable : le retour des enfants chez leur mère ! Pas de cris, pas de pleurs visibles, seulement une boule à l’estomac !
Céline fut égale à elle-même, le lundi 31 Août au soir, en imposant à sa fille qu’elle reste toute la semaine chez elle. Ce n’était pas prévu comme cela initialement, mais il fallait s’habituer à la future organisation qui allait être la nôtre, nous avertit-elle. Je vis dans ses yeux une lueur de victoire et non d’espoir.
Je n’ai pas eu trop de contacts avec les enfants durant ces quatre jours. J’ai seulement brièvement accompagné Éric, mon fils, pour son entrée en sixième. Céline était là aussi, plutôt détendue, plutôt agréable. J’ai poussé le vice jusqu’à lui demander comment s’était déroulée sa propre rentrée dans son nouveau collège.
Le vendredi soir, ce furent les retrouvailles. Mon garçon était grognon et susceptible. Juste avant de servir le repas, je m’enquis des raisons de son mécontentement.
- Maman dit que tes attestations sont toutes contre elle.
Ça c’était la première balle dans le pied qu’elle se mettait !
- Et puis elle a écrit une lettre à Baba*… Elle dit que Baba a vécu la même chose qu’elle…
Ça, c’était la seconde balle !
- Elle m’a même reproché ma relation avec Baba, a renchéri Ana. Elle dit aussi que je la préférais à elle quand j’étais petite.
J’en restai perplexe : ma mère ne m’avait pas averti qu’elle avait reçu une lettre de Céline ! Je lui téléphonai donc afin de la questionner. Je suis tombé sur mon père qui a confirmé l’existence de cette lettre mais n’a pu me la lire, faute de savoir ce que ma mère en avait fait…
C’est elle qui m’a rappelé. Pour une fois, elle n’a pas pris de gant, elle m’a lu d’une traite un tissu d’horreurs, de délires et d’élucubrations. Je raccrochai légèrement énervé par la prose verbeuse et pseudo poétique de ma future ex-femme ! Comment était-elle tombée aussi bas ? Sa maladie était vraiment à son paroxysme ! Je me devais de rectifier tout de suite auprès des enfants certaines fausses vérités.
- Baba et Pépé, comme vous le savez, ont vécu des périodes pas faciles. En 1981, Baba a quitté le foyer familial pour vivre seule dans un appartement car Pépé était tombé amoureux d’une très jeune femme. Durant une année, Baba a essayé d’oublier Pépé mais n’y a pas réussi. Elle a fini par prendre des médicaments pour tenter de se suicider. Par chance, elle a été sauvée. Votre grand-père s’est rendu compte qu’il tenait énormément à elle, il a donc rompu avec sa maîtresse. Durant cette période de séparation, j’allais le mardi soir et un week-end sur deux chez Baba tandis que mes sœurs ne venaient que quand bon leur semblait.
Votre mère se trompe en essayant de comparer les deux histoires. Et je ne trouve pas cela correct de sa part : Baba a eu son lot de blessures. Venir aujourd’hui lui balancer les horreurs passées, c’est inacceptable !
- Et toi, pourquoi tu es parti ? a demandé mon fils.
- Je te l’ai déjà dit quand nous vous avons annoncé la séparation : parce que je n’aimais plus ta mère.
- Mais pourquoi tu n’aimais plus Maman ? Tu aimais quelqu’un d’autre ?
- C’est la première fois que tu poses cette question en trois ans de séparation…
Il m’a dévisagé.
- Lors de sa seconde grossesse, ta mère est devenue anorexique. Après l’accouchement, elle a perdu cinq kilos de son poids initial. Puis son mal a pris d’autres chemins plus complexes. J’ai essayé de l’aider comme je le pouvais mais je me suis laissé ligoter et enfermer par sa maladie. Je ne pouvais plus vivre ni faire quoi que ce soit pour moi.
– J’ai entendu que tu ne voulais pas de moi…
- Ce n’est pas vrai. Avant que ta mère ne tombe enceinte, je ne désirais pas de deuxième enfant. Les relations entre ta mère et Ana étaient si difficiles ! Je devais sans arrêt faire tampon. Et puis, je trouvais dommage de ne pas profiter de ta sœur et de sa petite enfance. Mais quand j’ai vu pour la première fois ton p’tit cœur battre à l’échographie, j’ai vraiment eu hâte que tu naisses !
J’étais décontenancé par le tour que prenait cette discussion. Je voulais dissiper les zones d’ombres.
- En ce qui concerne les attestations, le mieux est que je vous les lise. Comme ça, vous pourrez vous en faire une idée par vous-même. De toute façon, elles seront dans une pochette à votre disposition. Elles font partie de votre histoire, vous pourrez les consulter à tout moment de votre vie !
Tout au long des lectures, les enfants n’ont pas bougé. Une fois terminé, nous n’avons plus jamais parlé du divorce.
*Baba= Grand-mère
Corrections assurées par Janjacq
H +1510 – Epilogue 1/3 – La 3ème balle
Il était huit heures, dimanche soir. Un tour de clef dans la serrure, l’appartement était plongé dans le noir, seules les lumières de la ville dessinaient les contours des meubles et des bibelots, sur les étagères, pas un bruit ne venait perturber cette tranquillité. Comme chaque dimanche, de retour de chez la Grand’ma, mon p’tit Zèbre et moi étions chargés de victuailles, les bras allongés par des sacs trop lourds au moment où nous avons franchi la porte d’entrée.
- Ana ? criais-je, Ana, tu es là ?
Aucune réponse. Pas la peine d’insister, elle n’était pas là. C’était à prévoir, le message téléphonique de Céline, la veille au soir, était clair et précis :
- Allo, 14 141 ? C’est Céline à l’appareil. Je t’appelle au sujet de la fin du week-end d’Ana. Je ramènerai donc Ana lundi matin, parce que je n’ai pas du tout envie d’écourter mon week-end à dimanche soir…
C’était la troisième balle qu’elle venait de se tirer dans le pied !
Cela aurait pu me mettre hors de moi, j’aurais pu aller chez elle et ramener Ana en faisant un scandale. J’aurais pu tout casser, être violent avec Céline, avec sa compagne, mais j’étais paisible. Rien de tout cela ne pouvait m’atteindre : j’avais le jugement du 8 septembre avec moi, pour moi.
- Oui, ici Police Secours, ne quittez pas, je vous reprends.
Je relisais attentivement chaque ligne de ce jugement concernant Ana, cherchant la moindre erreur d’appréciation de ma part. Il ne pouvait pas y en avoir.
- Police Secours à votre écoute.
- Je me permets de vous appeler car ma fille n’est pas à mon domicile. Sa mère devait la ramener avant 20h00.
- C’est sans doute un retard, Monsieur.
- Mais si ce n’est pas le cas, quelle est la procédure ?
- Vous pouvez passer nous voir vers 22h. On prendra votre déposition.
- Pas avant ?
Un pas en avant, dans ma tête, voilà ce que je venais de faire, et c’est tranquillement que j’ai pris la voiture à 21h45 pour me rendre au commissariat, comme si toutes mes angoisses concernant cette affaire se diluaient en douceur.
______________________
Corrections assurées par Janjacq
H+360 – Back to the past 4/4
Je retrouve mon équilibre, je lui souris, un peu crispé, je m’avance, tendu; je l’honore d’un bonjour Madame la Juge; elle me sourit, crispée; mon avocate m’arrête dans cette marche forcée et me glisse à voix basse que ce n’était pas la juge mais une greffière!!! J’entre alors seul dans le bureau déstabilisé par ma bévue: Madame la Juge est déjà assise, elle, dans son fauteuil, chaussée de demi-lunes, le regard inexpressif, en position. Elle se saisit d’un papier, celui qui se trouve juste au-dessus d’une pile de dossiers devant elle:
- Déclinez votre identité, je vous prie.
J’ai l’impression de passer un grand oral, avec, pour unique jury, une seule personne. Un nœud au ventre me saisit, je suis debout à attendre les instructions. Dois-je m’asseoir? Rester debout? Mêmes doutes et mêmes angoisses qu’il y a trois ans devant les jurés de mon concours. Ma langue reste collée au palais, impossible de la mettre en mouvement; plus j’y pense et plus je la sens lourde, sèche et de taille surdimensionnée; j’ai un boa dans la bouche!!! Il est peu probable que cela m’arrive un jour, mais pourtant à cet instant cette foutue langue m’embarrassait. Il fallait répondre et vite à Madame la Juge.
- Je suis Quatorze cent quarante et un, j’habite à Vierlous, 14 rue des Gendarmes.
- Bien, dit-elle d’un ton ferme. Veuillez-vous asseoir.
Elle marque un instant.
- Je vous entends le premier puisque c’est vous qui avez déposé la requête. Alors? Que pouvez-vous me dire concernant votre situation?
Je lui explique brièvement mon souhait de divorcer, et enchaîne sur ma demande de résidence principale pour ma fille et de résidence alternée pour mon fils.
- Excusez moi de vous interrompre mais comment justifiez-vous la différence de résidence entre vos deux enfants?
- Ma fille a des difficultés relationnelles avec sa mère, dis-je avec conviction. Elle souhaite rester en résidence principale chez moi. Mon fils, quant à lui, préfère rester en résidence alternée.
- Nous reviendrons sur ce point plus tard, me précise t-elle. Je vais recevoir votre femme si vous n’avez rien à rajouter.
Je sens que l’entretien m’a échappé, que mes paroles ont éclaté comme des bulles de savon contre un mur, pas une seule expression n’a jailli de ses yeux, ni de sa bouche trop pincée, que des mots sans affect, qu’un regard froid sans humanité. Je ressors avec le sentiment d’avoir perdu la bataille, celle que ma fille m’avait chargé de gagner pour elle. Je retourne à ma place tandis que le nom de Céline retentit dans ce vaste couloir, et cet écho qui résonne dans ma tête de ce prénom si souvent accolé au mien, fait place à sa silhouette malingre, faible de souffrances anorexiques. Pas un mot, pas un regard non plus, que sa tête plongée sur ses pieds. Une tristesse m’envahit, incontrôlable, j’ai pitié d’elle.
Je croque le marmot tant bien que mal. Quinze minutes qu’elles se parlent, bien plus que ce que je n’ai eu. Je jette des regards interrogateurs à mon avocate. La peur se lit sur mon visage, j’en suis sûr. Je n’ai plus d’ongles à ronger lorsque la greffière nous appelle, mon avocate et moi. J’entre, j’observe successivement Céline sur son siège et Madame la Juge. Je prends place.
- Monsieur, 14 141, vous n’avez pas été honnête avec moi, tout à l’heure.
Pris au dépourvu, je lui rétorque:
- Je ne vois pas en quoi je n’ai pas été honnête avec vous?
- Votre femme m’apprend que vous vivez avec un homme et que vous partagez votre vie avec lui.
- C’est exact en effet mais je ne vois pas en quoi…
Je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’elle poursuit:
- Ce qui se passe dans votre vie privé m’importe! Vous avez deux enfants et je veux être certaine qu’ils ne subissent aucune maltraitance physique ou psychologique!!! dit-elle d’un ton cinglant. Votre femme vit avec sa compagne et vous avec votre compagnon. C’est une affaire particulière, vous en conviendrez!
- Je n’ai rien à cacher, dis-je brutalement. Je comprends certes votre point de vue, mais lors de notre entretien individuel, à aucun moment vous n’avez fait allusion à ma vie actuelle, ni à ma vie privée, d’ailleurs. En quoi ai-je été malhonnête?”
- Monsieur 14 141, que les choses soient bien claires entre nous, je n’ai pas le droit de vous juger sur vos préférences sexuelles mêmes si j’ai mes propres opinions sur l’homoparentalité! Je dois prendre une décision en ce qui concerne vos enfants et je vous prierai d’être plus collaboratif avec les instances judiciaires.”
- Je n’ai rien à cacher, dis-je pour la seconde fois lourdement. Et je ne m’oppose pas à votre travail en essayant de préserver mon intimité!
Mon avocate, voyant le vin tourner au vinaigre, intervient en enchaînant sur sa plaidoirie. Je remarque simplement que la juge n’est pas vraiment à l’écoute, souffle, et montre des signes de mécontentement, coupe mon avocate qui se débat tant bien que mal. Puis c’est le tour de l’avocate de Céline qui m’accuse de manipuler les enfants, d’être vénal, et que le “clan 14 141″ œuvre à la perte de sa cliente en la traitant de mauvaise mère devant les enfants! Tous ça dans un silence presque religieux de la juge. Et puis que mon p’tit Zèbre a les moyens, qu’il est directeur d’agence et qu’il gagne 2500€ par mois… j’avoue que j’aimerais bien mais malheureusement, il n’en est rien! Et puis est-ce à lui de subvenir aux besoins de mes enfants?
- Voilà! dit son avocate. Voilà pourquoi nous demandons une résidence alternée pour les deux enfants, le rattachement fiscal de moitié car nous savons très bien que Monsieur 14 141 cherche à avoir le maximum d’avantages fiscaux afin d’en profiter lorsqu’il sera pacsé avec le p’tit Zèbre! Et pour finir, nous demandons une expertise psychologique de Monsieur et de sa fille, et une enquête sociale pour Monsieur.
- Monsieur 14 141, acceptez-vous cette expertise et l’enquête sociale? demande Madame la Juge.
Je sens une pression sur moi. Je suis pris au dépourvu. La partie adverse ne devait-elle pas nous le signaler avant?
- Madame, je m’oppose à ces demandes car elles ne se basent sur aucun fondement et sont disproportionnées. Cependant, je vous demande d’auditionner ma fille qui pourra, sans aucun doute, répondre à vos préoccupations. Vous pourrez alors juger par vous-même de la qualité et de l’authenticité de ses propos!
- Madame, souhaitez-vous que j’auditionne votre fille? demande Madame la juge.
- Non, je ne veux pas que ma fille subisse cette épreuve!
- Bien! Au vu des éléments que j’ai entendus ce jour et des documents fournis par les deux parties, je prendrai une décision provisoire. Elle vous sera communiquée par courrier. Je statufierai le 8 Septembre. En attendant, je vous souhaite de bonnes vacances.
Oui, de bonnes vacances…
__________________________
Cette fois un grand merci à janjacq qui fut plus rapide que l’éclair pour corriger mes satanées fautes!!!! Chapeau bas!
Lire...
H+194 Back to the past 3/4
Le rendez-vous fixé avec mon avocate est à 9h30. Mon p’tit Zèbre ne peut m’accompagner. Je vais être seul et c’est peut-être mieux ainsi. « Le soi-disant » d’Yves Pagès en main, je vais pouvoir lire à ma guise en essayant de ne pas penser à la suite des événements. Tâche difficile, le style et la pensée de l’auteur demandent une concentration que j’ai peur de ne pas avoir; pas grave je relirai le passage plus tard. Mon avocate a 15 minutes de retard, j’attends devant le Palais de justice tout en dévisageant les personnes qui entrent et qui sortent, tantôt arborant des mines patibulaires, tantôt des regards inexpressifs, aucun n’entre le sourire aux lèvres. Il fait beau mais je ne m’en aperçois pas, il pourrait pleuvoir, venter, ou neiger, mon corps est recroquevillé, rempart infranchissable à la douceur de la chaleur du soleil. Je la vois enfin, étonnant mélange de distinction et de décontraction, elle me fait face et m’invite à la suivre dans le bureau de la Maison de l’Avocat. Pas de café, un box froid, je m’assois face à elle.
- Alors mission accomplie? Vous avez vos attestations?
- J’attends le fax de ma soeur qui ne saurait tarder.
Elle commence à lire et c’est un festival de grimaces, de moues, de tics qui animent son visage d’avocate fatiguée par tant de détresses humaines rencontrées. Elle fait trois piles devant elle, classant ainsi les très bonnes, les bonnes et les irrecevables. Dans cette dernière pile, se trouve le témoignage de mon p’tit Zèbre. La secrétaire entre sans frapper en tendant une feuille, la dernière attestation, celle de ma grande soeur, qui venait tout juste d’arriver. J’en prends connaissance, c’est la seule qui ne prend pas de gant: elle la pose sur la pile de droite, elle fait partie des « très bonnes ». Nous calons deux ou trois choses pour le grand oral et puis nous partons arpenter les couloirs du tribunal.
L’attente fut longue, deux ou trois heures, je ne me souviens plus trop. Céline était non loin de moi, sans un mot sans un regard, elle notait consciencieusement chaque événement survenant dans cette salle d’attente, des enfants jouant, un père vociférant, une femme en pleurs, un couple triste, la danse des avocats, et puis nous qui n’osions pas nous défier, qui cherchions vainement à cacher nos angoisses, nos peurs et notre haine. Et puis les avocats parlaient, parlaient, une longue complainte sur des souffrances articulaires pour l’une, un pamphlet sur les prestations de l’hôtel N*** à Toulon pour l’autre, et moi je me délectais de ce spectacle offusquant, révoltant de leurs petits soucis. Une envie de chier, de déféquer, de me vider me prend soudain, j’avertis mon avocate de mon absence et cours direction les toilettes, pas le temps de mettre des bouts de papiers sur la cuvette, je m’assois tout de go et lâche une énorme merde bien puante. Les bienfaits de l’odeur de ses propres excréments restent une énigme pour moi, mais c’est à ce moment précis que je me sentis bien, c’était sans compter l’intervention subite de mon avocate dans les dites toilettes:
- Monsieur 14 141, c’est à nous, ouh… Je vous attends dehors.
Merde! Merde! Merde! Plus assez de papiers! Je renfile mon pantalon sans pouvoir m’essuyer et file dans une autre cabine. Je me torche à la vitesse de l’éclair, me lave les mains et sors précipitamment emmenant des effluves nauséabonds avec moi! Trop tard! La juge n’a pas voulu attendre, on passera plus tard. Je reprends place sur mon siège et me replonge dans ma lecture, jusqu’à ce qu’une voix cinglante retentisse à travers la pièce:
- Monsieur 14 141?
Mes jambes sont lourdes.
_________________________________________
*** Grand merci à Arthur pour les corrections…mais aussi à Janjacq qui a mis son grain de sel!
Lire...H-24 Back to the past 2/3
Pas le temps de m’apitoyer sur mon sort, il faut que je sorte de cette torpeur et être efficace, j’appelle donc successivement mes parents, Hélène et Pierre, et mes deux soeurs. Le processus de défense doit se mettre vite en place, nous n’avons à peine 12h00 pour réagir. Dans un élan de la dernière heure, je m’élance dans la bataille, je lis et relis les attestations, je modère certains propos, atténue les attaques, et essaye de les harmoniser les unes aux autres.
Ma soeur pédopsychiatre est la dernière à se manifester, la tâche est dur, accabler mon ex, Céline, est difficile. Toutes les deux ont vécue entre elles une histoire d’amitié forte avant que je tombe amoureux de Céline. Cette passion amicale fut bousculée de nombreuses fois durant notre mariage, mettant en cause régulièrement leur entente. Mais une sorte de lien invisible les reliait malgré tout. Ma soeur savait qu’en écrivant son attestation, ce fil se couperait net. Elle choisit donc de bien peser ces mots et de mettre en avant les propos de ma fille.
« … Depuis maintenant environ un an et demi, ma nièce me tient le même discours: elle ne veut plus vivre en résidence alternée mais être en résidence principale chez son père. Elle a eu beaucoup de difficultés à verbaliser ce désir et ceci a été source d’angoisses dont elle m’a fait part de vive voix et par téléphone. Elle ne voulait pas blesser sa mère mais avait également peur de ne pas être entendue par elle. (…) Régulièrement au cours de cette année, elle m’a fait part de son sentiment d’intranquillité à l’idée que sa mère redemande la résidence alternée. En effet, elle affirmait se sentir bien chez son père, d’autre part il lui était douloureux d’avoir à réaffirmer sans cesse ce choix. Ma nièce décrit une relation compliqué avec sa mère. Elle ne se sent jamais à la hauteur ni valorisé. Elle a l’impression de ne jamais être au centre de son attention, de ne pas être vraiment comprise ou prise en considération. Les tentatives de rapprochement sont vécues comme vaines. Elle en conçoit de la tristesse, de la culpabilité ainsi qu’une image dévalorisé d’elle-même. (…) Ma nièce se sent à la merci de décisions lui échappant complètement ce qui provoque un sentiment d’insécurité intérieure. Elle ne souhaite pas que je retranscrive ses propos mais préférerait être entendue directement. »
Ma mère, éducatrice spécialisé à la retraite, tint le même genre de discours:
« Assez rapidement après la séparation de ses parents, ma petite fille m’a exprimé son désir de n’avoir qu’un seul lieu de vie que la résidence alternée ne lui convenait pas la dispersait trop. Je l’ai bien sur questionné sur ce refus de vivre avec sa mère, mais ne pouvait que difficilement en donner les raisons précises. Cependant à d’autres moments, elle m’a parlé de sa souffrance de n’être jamais valorisée par sa mère, de ne pas compter pour elle, d’être moins aimée que son frère. Malgré sa peur, elle a pu, au moins à deux reprises, dire à sa mère, en tête à tête qu’elle ne voulait plus vivre avec elle et pour quelles raisons. Cela a été une grande épreuve pour cette enfant, à peine âgée de 12 ans à ce moment là. Lorsque sa mère a accepté qu’elle reste chez son père, ma petit fille me disait redouter ces séjours chez sa mère, car cette dernière lui posait souvent la question de son retour, ce qu’elle ne souhaitait toujours pas. (…) J’ai pu observer chez mon fils une attention très forte à ses enfants, une grande disponibilité, aimant partager leurs jeux. Mon fils Daïdou, depuis la séparation, n’a plus voulu passer d’examen en vue d’un mutation car cela l’aurait sans doute éloigné de sa résidence, rendant la garde alternée impossible. Pour mon fils il est inenvisageable d’être séparé de ses enfants à qui il manifeste tendresse, amour et attention. »
Mon père, directeur d’établissement à caractère social à la retraite, accentue le trait:
« (…) Ma petite fille m’a dit aimer sa mère mais elle a de sérieux problème avec elle. Elle se fait houspiller à tous propos, de sent dévalorisée depuis que les filles de la compagne de sa mère, Karine, qui est installée chez ma belle fille, viennent passer leur week end et vacances chez elle. Elle ne s’entend pas avec elles et principalement avec l’aînée. Chez son père, ma petite fille a fait sa place, s’y sent bien et souhaite pouvoir s’y installer durablement. C’est là qu’elle a organiser sa vie, et c’est là son lieu de vie naturel. Elle y trouve une certaine sérénité. (…) Ma petite fille est aussi très attaché à son père. Mais de là à dire qu’il la manipule, c’est une affirmation qui demande à être prouvée! Quand à la question d’argent, mon fils n’est pas plus avide que tout un chacun à gagner sa vie. Bien au contraire, il a laisser passer maintes occasions de promotion professionnelle (et donc de gagner plus d’argent) pour ne pas avoir à s’éloigner et de rendre ainsi possible la grade alternée de son fils et permettre à ma petite fille d’aller voir sa mère lorsqu’elle le souhaitait. »
Hélène et Pierre, tout deux éducateurs spécialisé et directeur d’établissement à caractère social en activité se situent un peu à la marge mais confirme les propos tenue ci-dessus:
« (…) Déclarons connaître Daïdou depuis sa pré-adolescence et avons toujours apprécié sa gentillesse et son intégrité intellectuelle, sa capacité à être attentif aux autres et tout particulièrement à ses enfants. (…) Privilégiant ses enfants, Daïdou a affirmé son engagement auprès d’eux au moment de la séparation du couple en renonçant à des choix professionnels décisifs et resté ainsi disponible pour leur éducation. Nous connaissons sa fille depuis sa naissance et entretenons des liens privilégiés du fait de sa proximité d’âge avec notre fille. Depuis sa plus tendre enfance, nous avons pu constater les liens privilégiés entre elle et son père. Papa attentif, Daïdou, a toujours répondu aux sollicitations de sa fille tant pour ses besoins primaires que pour son éveil et les jeux. Lors de la séparation du couple, elle s’est spontanément tournée vers son père, le personnage qui la rassure et s’est affirmée dans ses choix au fur et à mesure des années. Aujourd’hui dans cette procédure de divorce qui doit régler une affaire d’adultes, elle ne varie pas dans ses choix et a sans doute besoin d’être entendue comme une personne. »
N’ayant pas d’imprimante, mon p’tit Zèbre est parti très tôt le matin à son travail, me les imprima et revint à l’appartement me les livrer. Il me restait plus qu’à récupérer le fax de mon autre soeur à la maison des avocats et filer à mon rendez-vous chez le juge le coeur serré.
Lire...H-48 Back to the past 1/3
Au courrier du 13 juillet dernier, je reçois une lettre de mon avocate m’informant que le rendez-vous, le 04 Août, chez le juge était annulé car la partie adverse ne pourrait être présente. L’avocate de ma future ex-femme sera en vacances tandis que son associé, elle, sera hospitalisée. Bizarrement je me sentais soulagé, j’avais ainsi un peu plus de temps pour préparer mon dossier en récoltant des attestations à droite et à gauche. Je redoutais ce moment où je devais demander à ma famille, à mes amis, de s’exprimer; non pas que je n’avais pas confiance en eux mais par pudeur. Aussi me fut-il enlevé ce poids pour les vacances! Ce n’était pas sans compter la perversité de l’avocate de mon ex!
Lundi 03 Août, je suis rentré paisiblement du week-end tourangeau où j’ai déposé ma progéniture chez mes parents pour qu’ils profitent de leurs petits enfants jusqu’à notre départ en Crète. La journée fut calme et paisible jusqu’au coup de téléphone que je passe à mon avocate pour annuler mon rendez-vous. Pas de secrétaire, partie en vacances sans doute, aussi je tombe directement sur mon avocate:
- Monsieur 14141! Vous tombez bien! J’essaye de vous joindre depuis ce matin sans succès! J’ai reçu un fax de l’avocate de votre femme. La comparution devant Mme le Juge est maintenue; il faut absolument que demain vous ayez un maximum d’attestations et de qualités si vous voulez que votre dossier retienne l’attention du juge. D’autant plus que votre femme fournira des attestations contre vous. Je les ai devant moi.
- Attendez, qui en sont leurs auteurs ?
- Des amis à vous, visiblement: Madame et Monsieur Métroc et Madame Lainlevi.
- Vous pouvez me les transmettre?
- Vous pouvez les consulter si le coeur vous en dit, mais sachez qu’ils n’ont pas pris de pincettes avec vous…
Je me rends donc à son cabinet le coeur serré. Des amis du couple avec qui nous avons partagé tant de bons moments me laminer???… Je veux en avoir le coeur net! Mon avocate m’ouvre et m’installe sur un petit bureau près de la photocopieuse puis s’éclipse. J’ouvre le dossier: déclaration d’impôt (32000€/an), charges diverses, déclaration des frais de karine sa compagne et de son ex-mari (je ne suis pourtant pas marié avec ces deux là???) et les deux attestions… Je me précipite dessus et la nausée me prends. Les mots de profiteur, de vénal, de manipulateur sont lancés, appuyés, par un discours s’attaquant directement à moi. La photocopieuse est allumée, j’en fais une copie rapide afin de les relire à tête reposée.
Mon avocate revient, et prend immédiatement conscience du mal être dans lequel je suis.
- Monsieur 14 141, je sais qu’il est extrêmement difficile de prendre de la distance mais c’est le seul moyen que vous ayez pour contre attaquer intelligemment. Je vous ai gardé le pire pour la fin: votre femme demande la résidence alternée pour votre fille et pour votre fils.
- Comment ça pour ma fille? Mais elle ne veut plus retourner chez sa mère??? Et ça fait quinze mois qu’elle vit avec moi et le p’tit Zèbre.
- Elle prêtant que votre fille est manipulée par vous et votre famille. Qu’elle est en souffrance chez vous…
- C’est du grand n’importe quoi!!! Je vous dis que ma fille ne veut plus vivre chez sa mère, on ne peut pas l’y obliger, elle a 14 ans! C’est pour ça que je demande la résidence principale! Si elle n’était pas en demande, je ne m’opposerais pas à la résidence alternée!
- A ce propos, votre femme ne souhaite pas que votre fille soit entendue par le juge.
- Elle veut faire taire sa fille en plus? Qu’elle ne puisse pas s’exprimer? C’est ça?
- Oui, dit-elle d’un ton ferme.
- Que devons-nous faire?
- Vous devez recueillir avant demain matin avant 10h00 des attestations. Je vous conseillerais de ne pas mettre en cause votre femme directement mais de mettre l’accent sur la parole des enfants et de garder une certaine distance. Les juges n’aiment pas qu’on leur donne à lire un tissu d’horreur.
- Mais Maître, je ne vais pas pouvoir en quelques heures réunir des témoignages comme ça! Mes proches sont soit partis en vacances ou soit ne savent pas utiliser l’outil informatique.
- C’est le seul moyen que l’on ait pour que la parole de votre fille soit entendue!
Je rentre dépité, la tête comme une pastèque et franchement mal. Une plaie béante s’est ouverte. Je n’avais plus en face de moi, ma tendre et chère ex, mais un monstre d’égoïsme qui ne se souciait pas du bien être de son enfant! Piétinant tout le travail que j’avais fait depuis trois ans pour ma fille! Sa prise en charge thérapeutique, ses bilans orthophoniques, orthoptiques, psychomoteurs, et tous les rendez-vous à l’hôpital au service de pédopsychiatrie et les démarches auprès de CMPP… Pas une fois, elle ne s’est intéressée à sa fille, à sa douleur, à ses angoisses et aujourd’hui elle marche dessus comme on piétine un vulgaire paillasson pour la rabaisser une fois de plus car elle ne la respecte pas, pour l’utiliser contre moi! J’ai mal au plus profond de moi. Comment une mère peut-elle se comporter de la sorte avec sa propre fille? Pourquoi lui faire autant de mal? La plaie ne cesse de s’agrandir, je pleure dans les bras de mon p’tit Zèbre. J’ai mal pour elle. Je me tais dans un long silence, un pochon en plastique plaqué contre ma bouche que je vois se gonfler et se dégonfler comme un coeur, un coeur artificiel ne battant qu’au rythme de la douleur.
Encore un grand merci à mon correcteur officiel Arthur à qui je souhaite un gros « Merde » pour son concours!!!
Lire...

