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Invitation

H+ 2677 – Camille : Il me tarde tant

La cage d’escalier est glaciale. Basile grelotte. De froid. De peur contenue.

Il n’a pas encore réussi à poser ses petits pieds nus sur une seule marche qui ne se soit pas plainte. Celle-ci pleurniche, une autre a poussé un petit cri sourd. Il n’aurait jamais dit que le vieil escalier était aussi rhumatisant et souffreteux, aussi geignard. De jour, quand il le dévale en trombe ou quand il escalade les deux volées au pas de course, jamais les marches ne gémissent autant. A croire qu’elles le font exprès. Comme les lames du parquet de sa chambre, tout à l’heure. Basile a bien cru qu’il n’atteindrait jamais le couloir sans réveiller Baptiste, son petit frère.

Le palier, lui, s’est tu. Ici, ce ne sont pas les bruits qui effraient le petit bonhomme, mais le liseré de lumière, sous la porte des cabinets. Basile a reconnu les toussotements de sa maman. Il n’est pas rassuré pour autant. Il a une trouille bleue devant elle, et là, il se sent… fautif. Il sait bien qu’il devrait être dans son lit. Il a beau se dire que l’excuse est belle d’avoir besoin d’un petit pipi, Maman ne le croirait pas. Elle menace toujours de l’enfermer là s’il s’obstinait à ne pas être sage. Elle n’a pas manqué de le faire en deux ou trois occasions, mais aussi de placer un seau hygiénique en tôle émaillée au pied du lit que partagent ses deux garçons.

Elle non plus ne doit pas beaucoup aimer cet endroit. Les cabinets font à la maison comme une verrue qui aurait poussé dans la venelle humide la séparant de la grosse bâtisse voisine. Ils sont comme le fruit de la moisissure, un petit local exigu au plancher branlant, à la toiture en tôle plastique ondulée, jaunie et moussue, autrefois transparente, aujourd’hui à peine translucide, et aux murs de planches brutes, ni équarries, ni jointives. Quand il pleut à verse, les gouttières débordent ou fuient dans un beau fracas sur le “petit coin”. Quand il gèle à pierre fendre, s’y mettre cul nu relève de l’exploit ou de l’esprit de sacrifice. Les ampoules y grillent les unes après les autres, victimes de court-circuit, et c’est la nuit en plein jour. Comment Basile, et son petit frère plus encore, ne seraient-ils pas effrayés à l’idée d’aller faire là leurs besoins quand leur pauvre maman l’est autant ?
La porte des cabinets a deux verrous. Le premier à l’intérieur, c’est normal, pour s’y enfermer tranquille. Le second, à hauteur d’enfant, à l’extérieur, pour pouvoir la maintenir fermée (sinon elle est toujours grande ouverte, et “c’est insupportable !”), et aussi… pour pouvoir l’y enfermer, lui, Basile.
Comment résister à l’irrépressible envie de faire jouer le loqueteau ?

Avec son habituel petit sourire narquois, le garçonnet a prudemment attaqué la descente de la deuxième volée, doublement aux aguets. Toutes les marches ont craqué. Leur bois était seulement froid, en bas le carrelage est glacial sous ses pieds. Il n’en a cure, dans quelques mètres, il sera dans la cuisine, près de la grosse cuisinière en fonte devant laquelle il a déposé ses petits souliers, tout à l’heure, au milieu des chaussures de toute la famille. C’est l’emplacement d’une cheminée, bien sûr, mais Basile est un peu incrédule, il imagine mal le Père Noël atterrir là. Par où va-t-il passer, d’abord ? Pour lui amener quoi, il n’a rien commandé, il préfère laisser vagabonder ses rêves fous ? Ce sont autant de bonnes questions curieuses qui lui ont fait braver la peur et le froid de cette nuit d’hiver si particulière.

Jamais il n’aurait pensé aller de la sorte de surprise en surprise. Les cloches de la Cathédrale viennent de tinter deux fois, à l’instant, et malgré l’heure, Basile entend faiblement la radio qui joue en sourdine des chants liturgiques de circonstance. Qui n’a pas éteint l’énorme poste Manufrance où l’on ne capte que deux stations en grandes ondes : Allouis pour le Grenier de Montmartre, et Monte-Carlo pour Quitte ou Double ? Et qui a laissé allumée la lumière de la cuisine ?
Le garçonnet a passé la tête par l’entrebâillement de la porte. Il n’en croit pas ses yeux. Son père est assis à la table familiale nappée de papier journal. Il a sur lui son bleu de travail. Il lui tourne le dos. Une Gauloise brûle toute seule dans un cendrier…
Le papa de Basile tient un pinceau en main. Il est en train de badigeonner avec application une espèce bizarre de boîte en bois aux coins arrondis. Cette caisse est montée sur de petites roues à rayons et à pneus pleins (… qui ressemblent drôlement à celles de l’ancienne poussette de Baptiste, se dit l’enfant) et elle ne tient pas en place. Avec la même peinture qui empeste la pièce, à l’atelier de menuiserie, on apprête les volets neufs, les huisseries ou tous les bouts de bois destinés à vivre dehors. Ni grise, ni bleue, sèche elle ne brille plus, elle se contente de protéger. Basile aime bien sa couleur hésitante et triste, mais moins son odeur. Il lui préfère celle de la sciure fraîche.

- Que fais-tu, Papa ?
L’homme a fait un bond qui aurait pu le jeter de sa chaise. Il s’attendait visiblement à tout sauf à entendre une voix enfantine et douce poser dans son dos une telle question. Il reprend pourtant très vite ses esprits et, grondeur et amusé, il demande à son tour :
- Et toi fiston, que fais-tu là ? Nu-pieds en plus, tu vas prendre mal…
- C’est quoi, Papa ?
- C’est une voiture de course, à pédales. C’est ton cadeau de Noël, tu sais. Le Père Noël est passé un peu après minuit. Je n’étais pas encore couché. Il m’a dit…
- Tu lui as parlé ? l’interrompt son petit homme.
- Oui mon garçon. Oui. Il m’a dit qu’il avait eu beaucoup de travail et beaucoup… de soucis, cette année. Il n’a pas eu le temps de tout finir. Alors il m’a demandé si je voulais bien terminer la peinture, pour lui, et je viens d’ailleurs tout juste d’achever… la première couche…
Quelle meilleure récompense pour Calliste que les grands yeux émerveillés de son rejeton, sous sa tignasse tout ébouriffée par les rêves faits au creux de l’oreiller, et par les gros doigts songeurs de charpentier qu’il vient de noyer dedans.
Sous la caresse, Basile s’est remis à trembler, comme une feuille au vent. Son papa l’a pris sous les bras pour l’asseoir sur ses genoux. Le pinceau est tombé par terre, sur le carrelage qu’il a éclaboussé d’une kyrielle de petites gouttes…
- Ce n’est rien…
Basile a sommeil. Il a envie maintenant de s’endormir sur les genoux de… Calliste. Il rêve déjà, n’est-ce pas…?

La porte de la cuisine vient de s’ouvrir toute grande avec fracas et dans un cri qui déchire la nuit.
- Non Maman, nnooon !!!
- Non Léonie, NON !

Eric et Ana ne savent heureusement pas qui était Tino Rossi mais je suis certain qu’ils connaissent par cœur, et aussi bien que Basile, les paroles du Petit Papa Noël.
Je leur dédie cette petite histoire. Elle est signée Camille.

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H+ 2380 – un p’tit plus yagguien

On parle de 14 141 et de sa fille sur la toile… vous l’avez déjà lu! C’est marrant d’être cité dans un site comme YAGG… merci à eux!

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H +2352 Arthur – Un moment d’été

Suite à l’article de « Pour en finir avec …certains blogs gays parisiens », janjacQ nous a livrer un texte « meuh non ». Aujourd’hui Arthur nous livre un moment d’été, moment d’éternité avec sa douce… Merci

C’est un jour d’été, sur une île de la Méditerranée. Il a fait très chaud aujourd’hui, mais en cette fin d’après-midi, les enfants en profitent pour se défouler, et aller taper la balle, derrière le village. Mon beau-frère joue avec eux (ma passion du foot n’est pas hyper développée, et pour tout dire plutôt proche de zéro-j’ai jamais compris le plaisir qu’on peut avoir à taper dans une balle, en collectif, pour aller la mettre dans le but des adversaires, à part celui de jouer en collectif peut-etre, et puis, les douches après le match, mais ça, c’est autre chose…). On décide, ma femme et moi, de les rejoindre, puis d’aller se ballader derrière le village, et de grimper sur les hauteurs, histoire de voir ce qu’il y a plus haut, d’admirer la mer sous un angle différent.

On commence donc à grimper sur un petit sentier, qui au bout de 500 metres, disparait dans la nature, nature qui n’est faite que de petits buissons odorants de myrtes, de thym, d’origan et autres herbes qui exhalent une odeur des plus caractéristiques, et enivrantes. Les cigales ne se sont pas arrétées de chanter; à chaque pas, des sauterelles bondissent de ci, de là. La montée est douce, l’air est sec et tiède, la brise souffle doucement, permettant à nos corps de se réchauffer, certes, mais sans être dégoulinant. On est bien.

On s’arrête, et décidons de faire une pause. En se retournant, le soleil rougeoyant rosit tout le paysage, la mer bleu étale, se couvre de reflets argentés-blanc qui fait qu’on n’arrive plus à savoir si elle est bleue ou blanche; on ne distingue plus la ligne d’horizon qui fait se noyer le ciel et la mer, l’un dans l’autre. Devant la beauté du paysage, on s’allonge sur un espace qui semble fait pour ça: un peu d’herbes sèches, mais qui curieusement ne piquent pas, une petite couche naturelle douillette….allongés, on voit la mer , en face de nous, les petits bateaux qui circulent dessus, les oiseaux dans les airs qui virevoltent. On ne dit rien, on écoute juste le silence de ce moment unique.

Elle est lovée sur moi, et passe tendrement ses mains sur mon torse; de mon côté, je lui caresse les cheveux, puis descend lentement sur son dos..le temps s’écoule doucement…je passe ma main sous sa robe d’été,légère et fine, pour mieux sentir sa peau, légèrement humide…son souffle s’est ralentie..on pourrait croire qu’elle s’est endormie..en fait, elle déboutonne les deux boutons de ma chemise déjà à moitié ouverte, pour mieux caresser les poils de mon torse..elle s’attache à mes tétons, qu’elle commence à titiller , sachant très bien l’effet que cela peut produire sur moi…son autre main se dirige plus bas, et viens passer sur mon sexe, en cours de durcissement très net….je m’ébroue un peu, histoire d’être plus à l’aise…elle prend cela pour un signe d’encouragement…et commence à vraiment s’attacher à mon bas-ventre…sa main déboutonne le haut du short, et s’infiltre, tel un serpent, sous mon boxer….elle touche l’objet, ce qui me fait souffler de contentement…mes mains continue à caresser son dos, sa nuque, ses cheveux…je ne peux faire plus pour l’instant, d’autant plus qu’elle approche sa tête de mon sexe, finit de me déshabiller, pour commencer à sucer avec délicatesse et tendresse mon sexe en érection…la caresse est douce, sa bouche chaude, concentrée sur mon intimité , tel un gouteur de glace, assoiffé et suffoquant de chaleur qui chercherait dans le fait de sucer sa glace le seul moyen de résister à la chaleur…je ferme les yeux..c’est trop bon….

Mais je me rends compte qu’on est en pleine nature…quelqu’un pourrait arriver…et elle n’est pas du genre en général à faire ça dans ces conditions… »Il n’y a jamais personne ici » me dit-elle…et joignant le geste à la parole, elle se relève pour abaisser le haut de sa robe, afin de faire sortir sa poitrine tendue et ferme…ses tétons sont aussi durcis..elle s’assoit à califourchon sur moi, me permettant de prendre ses seins à pleines mains…et soudainement, elle me prend littéralement le sexe avec le sien, la voie étant largement ouverte, et ne rencontrant aucun obstacle , car elle a bien fait exprès d’oublier de mettre une culotte ou autre string (ce qui me fait penser qu’en proposant cette balade, elle avait sans doute une idée derrière la tête)…l’entrée dans ce lieu chaud et mouillé est proche de l’extase…elle commence à faire des va-et-vient sur mon sexe, que j’accompagne d’un même mouvement du bassin…j’en rajoute même, mon dos et tout mon corps sont complêtement tendus sur mon sexe, sur le plaisir que je lui procure , qu’elle me procure….elle me touche je ne sais pas quoi, mais c’est prodigieux…nos souffles rauques, nos gémissements de plaisirs sont toujours couverts par le chant des cigales et le silence assourdissant de ce lieu…avec qui nous ne faisons plus qu’un. Elle vient frotter sa poitrine contre la mienne, et frotte le haut de son sexe sur mon bas-ventre, continuant ainsi le mouvement autour de ma verge…je ne peux plus me tenir, et suis près à venir, mais c’est elle qui , tout d’un coup, jouit intensément, contractant son corps, son sexe autour du mien, elle souffle fort, puis s’écroule sur ma poitrine…on reste quelques minutes , à reprendre notre souffle…elle se dégage de moi, et vient s’allonger à côté de moi…. »Viens sur moi », me dit-elle….ce que je comptais bien faire…dans ses jambes ouvertes, je m’inscris, je me déploie, je m’étends, je prends mes aises, je vais, je viens, je commence ce basculement des hanches, si beau, si bon…elle est comme je l’ai rarement vue , sensible au moindre mouvement…elle se met à crier , me dit qu’elle va encore jouir, se met à jouir de nouveau, ce qui me pousse à accélérer les mouvements du bassin, à m’exciter encore plus, tant et si bien que je jouis à mon tour en elle, en criant de plaisir…

On ne bouge plus, moi en elle, elle en moi…on est maintenant couvert de sueur, je lèche son corps, salé de l’eau de mer , mais aussi de la transpiration de l’amour..je me retire doucement, pour m’allonger à ses cotés…si quelqu’un arrivait , le spectacle ne serait pas de splus érotiques: elle avec sa robe baissée sous sa poitrine, relevée sur ses cuisses, moi la chemise ouverte, et mon short au bas des pieds…le jour baisse, mais la lumière est encore très claire, la nuit s’approche , mais tient ses distances…on reprends nos respirations et nos yeux se croisent, nos regards en disent long sur ce moment de nature , jouissif et intense…le paradis, ça doit être un peu comme ça, non?…On ne dit rien, les paroles sont inutiles dans ces moments….elle se recroqueville de nouveau sur moi, et commence à s’assoupir…sa respiration est calme, tranquille, sereine…je regarde les oiseaux qui tournent là haut , au-dessus de nos têtes, seuls témoins (apparemment) de nos ébats au milieu de l’origan sauvage….les minutes passent, tranquilles. Je suis bien moi aussi, relaxé, bien dans mon corps, dont elle révèle ainsi ma masculinité (c’est dans ces moments-là que j’ai vraiment l’impression d’être un homme, c’est bête à dire, mais c’est comme ça…).

Elle ouvre les yeux…. »on devrait y aller, la nuit va tomber, ton frère et les enfants vont peut-être arriver » lui dis-je. On se relève, on se rhabille rapidement, on fait tomber les brindilles d’herbes accrochées à nos légers vêtements d’été…et on redescend vers le village, bras dessus, bras dessous, silencieux et sereins, pleins d’un bonheur sensuel, mais aussi plus profond de nos deux corps , de nos deux vies qui s’accordent…
- T’es coquine quand même, t’avais prévu le coup, hein? pas de culottes…..
- Ah mais pas du tout!!!…c’est toi, avec tes caresses qui en disent longs, tu savais très bien où en venir
Silence, puis:
- Qu’est ce que je ferais, si je ne t’avais pas, me dit-elle….
- Tu aurais un ou plusieurs amants ..
- Mais jamais j’en aurais trouvé un comme toi….
- Mais bien sûr que si, tu aurais même trouvé mieux, je ne suis pas exceptionnel… (et je le pense vraiment…c’est elle qui est exceptionnelle à mon avis…)

Les voix des enfants qui approchent nous parviennent. J’avais bien deviné, ils avaient décidé de nous rejoindre…heureusement qu’ils ne sont pas partis 10 minutes plus tôt….
- Vous étiez où? on vous cherche partout….
- la haut, dans la colline, on a goûté le paysage, et la brise…c’était super
- hé, t’as des herbes dans les cheveux….!!!

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H + 2016 Janjacq – meuh non

Voici la pierre à l’édifice, janjacQ a dit:

jipé c’est mon ex, il m’a plaqué le sagouin, il est parti sans un regard en me laissant comme un con au beau milieu de la route
c’était un 26 novembre froid et gris
j’ai bien essayé de le suivre, elle m’a superbement ignoré la camarde

jipé c’est l’homme de ma vie, je ne l’ai su qu’après
il m’a aimé comme jamais un garçon ne m’a aimé
moi aussi je l’adorais, mais je ne m’en rendais pas compte, je ne m’en suis rendu compte qu’après qu’il soit parti
alors j’ai bien essayé de le suivre, elle n’a pas voulu de moi la mort

on ne se voyait que les week-ends, il travaillait à Nantes et moi à Paris
il venait à Paris par le train et j’allais le cueillir à Montparnasse
j’allais à Nantes avec ma petite auto, fallait être un peu con, mais au moins on pouvait se balader dans la région, aller dans les restau de bord de Loire manger des cuisses de grenouille grillées ou du poisson poché au beurre nantais, partir nous baigner à Saint-Brévin, pousser jusqu’aux Jaunais ou jusqu’à Pen-Bron pour montrer notre cul
c’est jipé qui m’a appris à tomber la culotte, avant j’osais pas, je n’aurais jamais osé

on partait pour des pique-niques mémorables
jamais je ne les oublierai
jipé c’était le roi du pique-nique, du haut de ses vingt-quatre ans fallait voir comment il nous bichonnait ça, on remplissait le coffre de la bagnole et je ne te parle pas de la glacière et de la bouffe
on ne se la jouait pas beauf avec une table et des chaises de camping mais très classe avec les deux verres à pied en cristal adaptés exprès pour, c’est une question de col, au Bordeaux ou au Bourgogne de derrière les fagots que jipé avait dégoté, avec l’argenterie, les couverts marchaient toujours par deux, et avec le plaid écossais en cachemire… pour la sieste

ce dimanche-là, on s’est dit qu’on le faisait champêtre
on a déniché un petit pré à l’herbe grasse et tendre, d’un vert vachement bien assorti au plaid, on se serait cru dans le bocage normand
jipé a dressé la nappe au beau milieu, je faisais les allers et retours jusqu’à la voiture garée dans un chemin pour amener tout le restant de notre barda, il m’a demandé de l’aider à dérouler la belle couverture écossaise tout à côté
- hé, on se met pas un peu plus à l’abri ?
- t’occupe !
- on va nous voir…
- t’occupe !
on a bien mangé, on a bien picolé, chacun sa bouteille ou peu s’en faut
j’étais bien… et amoureux, comme jamais, jipé était bien, je crois, et aimant, il faisait vachement beau, le soleil commençait à taper sur nos ciboulots
des promeneurs sont passés qui nous ont salué en nous disant de faire gaffe aux coups de soleil parce qu’on avait tombé la chemise, on a répondu en riant en soulevant not’ verre
jipé s’est alors allongé à plat dos sur le plaid, les bras en croix, je l’ai très vite rejoint pour me blottir contre lui

- j’ai envie que tu me prennes
on était tous les deux complètement à poil, il ne faut pas me demander comment on en était arrivé là, j’étais bien… et amoureux, sous les caresses, et il m’était difficile de répondre, j’avais la bouche pleine
- dans l’herbe
- …
- s’il te plait
- t’es bourré ?
- s’il te plait, janjacq, s’il te plait
faut que je te dise que c’était pas notre truc, ce n’était jamais arrivé en fait, j’étais la bique et lui le bouc, point barre, c’était très bien comme ça, je crois qu’on ne s’était jamais posé de question, on n’en avait jamais parlé non plus, lui top, moi bottom, et vogue la galère jusqu’aux septièmes cieux, même si ce n’était pas à tout coup
- t’es bourré !!!
- s’il te plait

pour une première, jipé a pensé que ce serait mieux en levrette
j’avais peur de ne pas pouvoir y arriver, alors je me suis appliqué, putain qu’est-ce que je me suis appliqué
j’étais comme un petit écolier à son pupitre, la langue tirée, à faire des lettres à l’encre en écriture bâton, plus rien ne comptait pour moi, le pré à découvert, le chemin qui le longeait, les frondaisons et au-dessus le clocher du village voisin, si proche…
maladroitement, je me suis mis à besogner mon amoureux
- jipé ! on nous regarde !
- t’occupe…
- je te dis qu’on nous regarde
- mais non, il n’y a personne
mes lunettes, comme celles de jipé, étaient posées sur un coin du plaid, à cinq bons mètres de nous, on avait roulé dans l’herbe
comment pouvait-il être aussi affirmatif, mon amant, il était encore plus myope que moi, je savais qu’il ne pouvait voir en ce moment, comme moi, que de jolies taches de tous les dégradés de vert, auréolées du bleu du ciel, du brun des troncs d’arbres, du noir des bouses, je ne t’ai pas dit, il y avait des bouses partout, enfin, çà et là
j’aurais bien aimé avoir le bras assez long pour atteindre mes binocles…
- et s’il y avait quelqu’un, ça devrait t’exciter, merde…
l’idée ne m’a pas fait… débander, nous sommes venus en même temps

jipé a noyé son ventre dans l’herbe folle, je me suis laissé tomber à côté de lui, mais tout de suite, à quatre pattes, j’ai couru vers nos lunettes
le besoin de… voir était alors beaucoup plus fort que l’envie du long câlin qu’on avait la bonne habitude de partager après, je me doutais bien que le ou les voyeurs s’étaient carapatés puisque c’était fini, je voulais quand même… voir, ou en avoir confirmation
c’était par là que tout au long j’avais senti une présence…
… et par là, le museau passé au travers d’une barrière, deux vaches blanches et noires nous regardaient d’un air vachement vache
tu le sais bien toi combien c’est expressif le regard d’une bretonne pie noire, non ? c’est le même que celui d’une blonde d’Aquitaine ou d’une normande !
ben là, il pétillait ! on aurait dit deux gouines…

janjacQ

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H +1969 Dedipix fort éveur Mister Janjancq

Envoyé par M. Janjacq

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Le 26 novembre un texte de Janjacq sera publié en réponse à l’invitation faite sur l’article précédent. Ce texte a été publié quelques minutes puis supprimé. Il prendra toute sa dimension ce jeudi. Merci à Janjacq

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