14 141

Mon divorce

Petites nouvelles du Front

Cela faisait quelques temps que je l’attendais, un mois environ, depuis ma dernière entrevue avec Madame le Juge. Je l’attendais son ordonnance, non sans inquiétudes car elle déterminerait la résidence d’Ana de façon définitive. En allant à la boîte à lettre ce matin, non coeur était déjà serré. Je savais qu’elle serait là, l’enveloppe de mon avocate.

Les coïncidences se généralisent car à chaque épisode judiciaire, je me retrouve toujours seul. Mon p’tit Zèbre n’est pas là, n’est pas joignable et ce à chaque fois. Je décachète l’enveloppe avec précipitation:

Selon l’expert Ana, est une jeune fille posée, mûre et extrêment préoccupée qui a vécu difficilement la séparation des ses parents en particulier, selon Mme X (l’expert psy) parce qu’elle percevait la fragilité de ses parents et notament sa mère.

Aujourd’hui elle ne trouve pas sa place au sein de la famille.

Elle exprime plus facilement « une souffrance morale à l’égard d’une relation que’elle juge complexe à la mère. Elle se montre en effet dans une forte attente de reconnaissance à l’égard de la mère et son manque de confiance en soi fait écho au sentiment de ne pas être assez bien pour être aimée. »

Mme X en conclusions indiques qu’aucun élément ne permet de remettre en cause l’exercice conjoint de l’autorité parentale, que le maintien de la résidence alternée pour Eric ne pose pas de problème et que concernant Ana, compte tenu des éléments recueillis, il lui semble important qu’une garde alternée soit formalisée pour renforcer le positionnement de la mère à sa juste place et par la même fournir un point de repère à la jeune fille.

Un travail de psychothérapie pourrait aider Mme 14 141 à restaurer le lien à sa fille.

L’expert considère qu’il est possible de compter sur une entente des parents qui « en bonne intelligence devraient pouvoir montrer une certaine souplesse et adapter ce mode de garde à l’évolution de la relation mère /fille ».

Il est patent que la séparation des parents, leur choix de vie respectable mais probablement difficile à assimiler pour leurs enfants (et notament Ana qui est plus âgée) qui ont connu une famille « classique » et comparable à celle de leurs camarades ont contraint Ana et Eric à mener prématurément des réflexions d’adultes pour lesquelles ils n’étaient pas préparés.

Ana a demandé à être entendue par le juge à la veille de l’audience et alors qu’elle avait connaissance des conclusions de l’expert.

Toutefois,lors de l’audience les deux parents ont souhaité le maintien de la résidence alternée pour Eric et la fixation de la résidence d’Ana chez son père, le seul point de désaccord concernant la durée du droit d’accueil de la mère.

Ainsi les souhaits d’Ana ont été respectés et il n’est plus nécessaire de l’entendre à nouveau.

Il n’existe donc aucun motif de faire droit à la demande de Mr 14 141 sur ce point et d’autant plus que Ana a déjà été entendue par l’expert psychologue.

A cet égard, il y a lieu de relever que Mme X, sur le fond, invite en réalité les parents à entendre la souffrance de leur fille et à dépasser leurs propres rancoeurs.

De même elle souligne que Mme 14 141 doit comprendre que Ana, pour retrouver confiance en elle, a besoin d’une relation privilégiée avec elle et de temps qui lui soit exclusivement consacrée et de tendresse.

C’est pourquoi la demande de Mme 14 141 tendant à accueillir sa fille le jeudi soir sera entendue puisque cette soirée pourra normalement permettre à la mère et à la fille d’avoir un temps pour elle sous réserve que Mmé 14 141 qui de son coté a également d’autres contrainte l’organise en ce sens.

Enfin il appartient à Mme 14 141 seule de décider si il convient ou non qu’elle se fasse aider par un psychothérapeute.

De même il appartiendra de Mr 14 141 dans l’intérêt bien compris d’Ana, de faciliter les relations mère/fill en évitant toutes considérations hâtives sur le comportement ou les besoins de soins de Mme 14 141 qui ne peuvent que ternir aux yeux de l’adolescente l’image de sa mère et déstabiliser Ana.

En dernier lieu, au vu de l’évolution d’Ana et de ses proches et de ses rapports avec les adultes qui l’entourent, les parties, si aucune décision amiable ne se dégage pourront re-saisir le juge.

Pas de quoi se réjouir, certes j’obtiens la résidence principale d’Ana avec 100 euros de pension alimentaire pour lui payer son collège, la nourrir, la blanchir, lui donner une éducation musicale et sportive…

Je ne ferais pas appel mais je ne perds pas espoir. J’ai une très bonne nouvelle côté travail qui risque de chambouler un peu tout ça… je ne vous en dis pas plus.

Bises et au prochain épisode

Lire...

H+ 5045 – Madame le juge

Voilà, c’est fait! Le rendez-vous devant Madame le juge vient de se terminer avec trois heures de retard…. La séance était uniquement orientée sur la résidence d’Ana. On a gagné du terrain, c’est indéniable mais rien n’est définitif. Attendons patiemment le début Mai pour nous réjouir lorsque  nous aurons la décision de justice!

Céline réitère que je suis l’unique responsable des mauvaises relations entre elle et sa fille et que je suis un affreux pervers qui jouit de la situation…

Suite au prochain numéro et une source de stress en moins…

Lire...

H+ 4132 – Reprise

Petites nouvelles du front:

- J’ai un RDV en urgence avec mon avocat Jeudi soir. Nous ferons le point de la situation catastrophique. Rien n’est perdu selon elle, nous devons défendre nos positions avec une contre expertise.

- Je dois amener des éléments nouveaux chez le juge: la lettre de l’orthophoniste qui n’est pas à piquer des vers contre Céline…; une attestation de ma soeur Pédopsychiatre ainsi que celle d’un de ses confrères (basés sur le rapport mais avec une contestation de la conclusion); ainsi qu’une attestation de la ex-psychologue d’Ana.

- Céline veut me voir au plutôt. Elle veut me persuader que la solution de l’expert est la bonne. Je lui ai répondu que cela ne servait à rien mais que j’acceptais la rencontre.

- Ana est en stage une semaine chez ma soeurs à Limoges et ne veut pas parler à sa mère.

J’ai dormis 4 h cette nuit, grâce à 1 Lexo et 1 Stil…ox. Ce n’est pas bien, je sais, mais qui veut prendre ma place???

Bisous à tous

Quizz : Il se peut que Samedi matin 10h00, je sois mort ou dans un piteux état. Pourquoi?

Lire...

H+ 3117 – Deus ex machina 1/3

Les coïncidences, les imprévus, les rencontres inopportunes et les accidents ont toujours sur moi les effets les plus contradictoires ; fascinants ou déplorés, ils ont souvent quelque chose d’irrémédiable, presque un goût d’amertume chocolatée ou de fatalisme acidulé. C’est qu’ils s’octroieraient même le droit de révolutionner votre vie ou de vous précipiter dans le trépas en un clin d’œil ! Tragédie, drame, comédie et farce sont ces articulations de la vie qui vous la mènent dure ou vous la rendent douce et agréable.

Ce jour-là, je suis entré dans son cabinet avec mes questions, mes angoisses et mes colères. Elle avait pris un peu de retard, comme à son habitude, mais je n’ai juste eu le temps que de jouer quelques parties de « doodle jump» sur mon iPhone. Avec elle, j’ai essayé toutes les plages horaires sans succès véritable. Cette femme est incapable de tenir ses rendez-vous !

Après avoir subi le supplice de la main de fer, je m’étais installé confortablement. La conversation battait son plein, nous mettions les derniers détails du divorce en place lorsque la discussion dérapa, comme ça, sur un mot, sur un rebondissement d’idée. Elle se mit à me parler d’elle, de sa vie d’avant, celle où elle était mariée à son commissaire d’époux, mère de deux enfants, femme d’affaires, et aussi de son ascension sociale ! Le commissaire et l’avocate, ils détonnaient tous les deux ! Invités dans tous les grands événements provinciaux, ils paradaient dans une parfaite harmonie dissonante. Leurs amis voyaient en eux le couple parfait, complémentaires jusque dans le travail, sans apercevoir les failles conjugales.

Elle, elle en a eu marre de sa lâcheté, de ses tromperies, de ce lit vide certains soirs, et de son immaturité. Ce gamin qui aimait tant les gyrophares et les pistolets et qui faisait «mumuse» avec sa plaque, eh bien, ce gamin était devenu celui de trop dans sa vie. Elle n’avait plus envie de le materner, de le consoler, de le rendre plus fort pour qu’il puisse être plus tendre, alors elle l’a quitté, sans ménagement.

Lui ne s’en est pas remis. Sa voiture filait systématiquement vers son ancienne maison. Après son boulot, une fois devant la porte, il prenait conscience qu’il n’habitait plus là. Ses collègues étaient venus l’y chercher plusieurs fois car le juge avait statué : il ne devait plus s’approcher du logement de son ex-femme. Sa détresse faisait peine à voir, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Dans son travail, il merdait et envoyait chier sa hiérarchie en laissant parfois la violence de ses sentiments s’échapper, et s’abattre sur le pauvre type qui se trouvait en garde à vue à ce moment-là. Alors, il a sombré dans les nuits de sa dépression.

Elle coupa les liens avec sa vie d’antan : plus aucune parade devant les officiels, plus de corporatisme, mais aussi davantage d’actions militantes. Elle embrassa la cause des enfants avec ardeur, s’impliquant personnellement dans des projets d’envergure nationale, parfois au détriment de son travail.

Ce n’est qu’après une bonne heure que nous nous sommes décidés d’achever là notre entretien. J’étais regonflé par tant d’enthousiasme.

Dimanche 13 décembre au soir, pour la cinquième fois depuis le jugement, je me suis rendu jusqu’au commissariat pour signaler une «non présentation d’enfant à sa résidence principale». Mon p’tit Zèbre m’a accompagné, exceptionnellement, et je l’ai soupçonné d’être surtout venu pour mater les beaux gosses en uniforme !

Il y avait quelque chose de différent des autres fois, une ambiance particulière ; le jeune homme derrière son ordinateur prenait tout son temps, il nous laissait poireauter pendant qu’une flopée d’hommes en uniforme s’octroyait une pause-café dans la salle située juste derrière lui. Depuis notre siège et à travers une vitre, on les voyait laisser voler jusqu’à nous quelques gauloiseries.
Quand notre tour est arrivé, le jeune homme a regardé l’ordonnance de non-conciliation et a relevé mon identité.
- Je suis pas vraiment qualifié pour ce genre de travail. C’est pas moi qui m’en occupe d’habitude. Je vais vous chercher une personne plus compétente.
Il se leva et entra dans la cage aux beaux mecs. Il en ressortit accompagné d’un homme d’une cinquantaine d’année au visage creusé par la douleur.
- Messieurs, veuillez me suivre, s’il vous plaît.
Nous nous exécutâmes sans broncher, une sorte de peur et d’angoisse me saisit de façon inexplicable.
- Je vous connais tous les deux, nous affirma-t-il d’un ton suspicieux.
- Je ne suis pas très physionomiste mais je ne pense pas avoir eu déjà affaire à vous.
- Si, si, je vous connais. Vous habitez Rue des Gendarmes, à Vierlous.
- En effet ! Mais comment vous le savez ? On ne vous a pas présenté de pièce indiquant notre adresse exacte ? lui dis-je hébété. Et puis d’où tenez-vous que nous habitons ensemble ?
- Je retiens tout ! Et ça me désespère ! Un visage, une voix, une odeur, un tic, ça reste gravé dans ma tête. Vous, par exemple, je me souviens vous avoir croisé l’année dernière. Vous nous avez appelé un soir vers 23h00. Pour une tentative de vol. Une Golf, des gitans, une calandre explosée… et votre dépôt de plainte ici même.

Madame Irma en personne !!! Comment avait-il bien pu retenir une histoire aussi banale, après plus d’un an ???
- Il y a une caméra cachée dans vos locaux ? C’est une blague ou quoi ?
- Je vous dis que c’est mon drame, je retiens tout. Je n’ai aucun répit vous savez, rien ne s’efface. Depuis mon divorce, ça s’est accentué. J’avais déjà développé ce don auparavant, il m’a permis de résoudre des enquêtes, par association d’idées, mais ça a pris une place encore plus importante lors de notre séparation, ma femme et moi…

- Mais revenons à vous, poursuivit-il. Montrez-moi cette ordonnance.
Je lui ai tendu les feuillets avec une légère appréhension.
Qu’allait-il en faire?

———-
JanjacQ ne quitte pas complètement le bateau, je le remercie encore de son aide.

Lire...

H+ 2116 Epilogue 3/3 – PART 2 – FIN

Les trois cigarettes, je les ai fumées, j’en ai même racheté plusieurs paquets par la suite car aucun signe de mon avocat le huit septembre. Je suis rentré chez moi, j’ai ouvert ma boite à lettres : des prospectus, une facture. J’ai monté les deux étages, Ana n’était pas là, simplement une lettre sur la table, une enveloppe en papier kraft avec marqué de la main de Céline : « Pension Alimentaire de Septembre ».
C’est ainsi que j’ai appris la nouvelle : Ana restait à la maison.
 
Ma joie a été grande, une bataille venait d’être gagnée. Je ne me suis pas précipité sur le contenu de l’enveloppe, je trépignais en attendant Ana pour lui annoncer la nouvelle. Elle est arrivée avec un quart d’heure de retard. Son visage était déjà radieux.
 
- Je viens de voir Maman, je reste ici !
- Je sais, elle m’a laissé ça, et accompagnant le geste à la parole j’ai exhibé fièrement l’enveloppe. C’est elle qui te l’a dit ?
- Après la piscine, elle est venue m’inviter à boire un pot.
- Et alors ?
- Elle était déçue, surtout après la semaine que l’on avait passée ensemble. Elle regrettait que la juge ne l’ait pas écoutée. Et puis elle m’a demandé ce que j’en pensais.
- Qu’as-tu répondu ?
- La vérité : que j’étais contente du jugement. Son visage s’est fermé quand j’ai dit ça ; elle a payé et m’a ramenée ici, sans un mot ! La pension est de combien ?
- Je ne sais pas, je n’ai pas regardé.
 
J’ai ouvert l’enveloppe pour en sortir un chèque d’un montant de cent euros. Ce soir-là, j’ai arrêté de fumer pour deux raisons : la promesse que je m’étais faite et j’en avais plus les moyens !
 
Il a fallu attendre le lundi suivant, une semaine après cet épisode, pour connaître l’ensemble du jugement. En voici quelques extraits piochés ici et là :
 
« En ce qui concerne les enfants : 14 141 demande que la résidence d’Ana soit fixée à son domicile avec des droits d’accueil au profit de sa mère et Céline P. demande le rétablissement des modalités d’une résidence alternée considérant que le transfert dans les faits de la résidence d’Ana chez son père avant même l’introduction de la présente procédure n’a pas soulagé la souffrance de sa fille. Ce jour, s’agissant d’Ana, 14 141 demande son audition et Céline P une expertise psychologique. 14 141 s’oppose à l’expertise psychologique et Céline P s’oppose à l’audition par le Juge de sa fille. »
 
« Sur la résidence des enfants et le droit d’accueil : la situation des enfants est particulière. 14 141 partage sa vie avec un compagnon et Céline P a une compagne, elle-même mère de deux enfants (…) S’agissant d’Ana, il n’est pas contesté qu’elle vit depuis un an chez son père. Le seul fait que Céline P travaille maintenant sur Vrouliers et peut de ce fait assurer les transport d’Ana, ce qui génère moins de fatigue pour l’enfant qui en cas de résidence alternée n’aurait plus à prendre le bus, est insuffisant pour modifier la situation de fait et prouver qu’il est de l’intérêt de l’enfant de rétablir des modalités de résidence alternée. »
 
« C’est pourquoi, en l’absence d’éléments nouveaux établis par Céline P. de nature à justifier la remise en cause de cette résidence et alors même qu’il semble à la lecture des témoignages certes familiaux mais précis versés aux débats par 14 141 que le souhait d’Ana est pour l’instant de rester chez son père, il convient de fixer provisoirement la résidence d’Ana au domicile de son père et d’instituer des droits d’accueil au profit de sa mère. »
 
« Une expertise psychologique étendue à la fratrie pour permettre de mieux appréhender la problématique familiale et les besoins des enfants sera par ailleurs ordonnée, un délai de quatre mois étant octroyé à l’expert pour déposer son rapport. »
 
« Sur la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants : 14 141 est technicien. Il a perçu un salaire annuel net imposable de 18410 euros soit un salaire net moyen mensuel de 1534 euros outre un supplément familial (je ne le touche même pas !!!). Il n’est pas imposable. Il a une charge de logement de 400 euros, APL déduite. Son compagnon qui travaille participe aux charges. Céline P. est professeure certifiée. Elle a reçu un revenu mensuel de 2501 euros. Elle a une charge mensuelle d’emprunt de 740 euros. Elle paie des impôts sur le revenu de 200 euros par mois. Sa compagne qui travaille participe aux charges. Au vu des revenus et charges respectifs des parents, il convient de fixer la part contributive à la charge de Céline P. pour l’entretien et l’éducation d’Ana à la somme mensuelle de 100 euros indexée selon les modalités précisées. »
 
« En conséquence : (…) Fait défense à chacun d’eux de troubler l’autre en sa résidence ; l’autorise à faire cesser le trouble, à s’opposer à l’introduction de son conjoint et à le faire expulser si besoin est avec l’assistance de la force publique. Fixe provisoirement la résidence de l’enfant Ana chez son père. Dit que Céline P exercera librement à charge pour elle d’aller chercher ou faire chercher et de reconduire ou faire reconduire par une personne tierce digne de confiance l’enfant et sauf meilleur accord entre les parties : les fins de semaine impaires de chaque mois du vendredi sortie des classes au dimanche 20 heures. (…) Dit que sur le plan fiscal Ana sera à la charge de son père. (…) Dit que la présente affaire sera rappelée à l’audience du mardi 2 mars 2010 à 15h30 et ordonne la comparution personnelle des parties lors de cette audience. Précise que la présente ordonnance est exécutoire de plein droit. »
 
Bilan de ces trois mois : Ana est radieuse, 1680 cigarettes d’économisées soit environ 420 euros, et j’ai pris cinq putains de kilos de merde à cause de ce putain d’arrêt, et j’ai une putain d’envie de m’en griller une après la fin de week-end que je viens de passer !!! Mais ceci est une autre histoire !

—————-
Désolé plantage de version: merci à mon correcteur janjacQ

Lire...

H +1992 – Epilogue 3/3 – PART 1

Mardi 8 septembre, levé à 6h30, je prends mon petit déjeuner comme à l’accoutumée. Je veux que ce jour soit un jour traditionnel, fait de petits riens, de travail et ne surtout pas en faire une journée spéciale, même si c’est aujourd’hui qu’un juge apposera sa signature sur le document qui contractualisera ma vie. La mise en route est difficile, le café n’est pas assez fort, c’est un vrai jus de chaussette que j’avale. Je me glisse sous la douche, c’est la seule solution pour un réveil total. Mes gestes sont mécaniques, et précis malgré tout. Je ne veux pas que mes angoisses de la nuit refassent surface. Rester digne, voilà le mot de la journée ! De la dignité quoi qu’il arrive !

Je sonne l’heure de mon départ en embrassant les enfants pour les éveiller en douceur, ainsi que mon grand dormeur de p’tit Zèbre… Après mon heure de trajet quotidien, j’avale un deuxième puis un troisième cafiots avec mes collègues. Ils ne savent pas grand chose de ma vie, je ne partage pas facilement avec eux, jouant même mon hétéro de base pour ne rien laisser transparaître.

- Tu n’as pas l’air dans ton assiette ? Ça va ? me demande Gilou.
- J’ai mal dormi. Rien de bien méchant !
De la dignité, me dis-je intérieurement, de la dignité !

Il est 9h45 et j’ai la tête ailleurs ; heureusement que je suis convié à une réunion dans laquelle je n’ai qu’un rôle subalterne. Les minutes passent avec lenteur, je dévisage un à un les membres de la Commission en essayant d’imaginer, pour me distraire et pour passer le temps, des scénettes amusantes… La femme qui se trouve devant moi est grande avec de longs cheveux blonds, le nez chaussé d’une paire de lunettes qui lui mange son visage un peu sévère. C’est un personnage important du Cabinet de la Présidence, d’un sérieux à toute épreuve. Elle mâche discrètement un chewing-gum. Le mouvement de sa mâchoire est presque imperceptible. Une image s’impose alors dans ma tête, c’est comme un court métrage où elle prendrait la parole et avalerait son bonbon par inadvertance dans un bruit peu convenable pour son rang. Cette vision me fait sourire un peu bêtement, mais mon sourire prend une dimension catastrophique lorsque cette femme, croisant mon regard, accuse une drôle de grimace en avalant réellement sa gomme à mâcher. Un éclat de rire presque bestial a alors retenti dans ce silence religieux. Je m’en excuse platement en voyant tous les participants se tourner vers moi, tandis que la femme passe instantanément du blafard au rouge pivoine.
De la dignité, rien que de la dignité, me dis-je en reprenant une posture d’écoute.

Je ressors de cette réunion avec un sentiment de malaise : et si j’étais capable de deviner l’avenir ? En me concentrant, pourrais-je apercevoir le jugement ? Connerie, je ne vais quand même pas basculer dans l’ésotérisme mystique hystérique !? Et pourquoi ne pas essayer de lire dans le marc de café, tant qu’on y est !? Le mieux n’est-il pas de rester pragmatique et d’appeler le cabinet de mon avocate !

- Bonjour, je suis Quatorze Cent Quarante et Un (QCQ1) ! Je voudrais parler à Maître Paly, s’il vous plait.
- Je suis désolée, elle se trouve en audience à Vreuxe. Vous ne pourrez la joindre qu’en fin d’après-midi.

Je crois que je vais passer une après-midi d’enfer, à fumer comme un pompier et à me ronger les ongles jusqu’au sang ! Il est l’heure de rejoindre mon p’tit Zèbre et d’aller manger au restaurant administratif. J’ai une faim d’ogre ! J’aime ce moment de la journée où l’on se retrouve, rien que nous deux, et où on avale rapidement notre repas pour vite s’engouffrer dans la voiture. Là, nous nous reposons en parlant, en nous embrassant, en nous câlinant jusqu’à l’heure fatidique où chacun doit regagner son lieu de travail. Mais aujourd’hui nous partageons la même angoisse, celle de devoir annoncer à Ana qu’elle doit retourner chez sa mère ! Je sais pourtant, au fond de moi, que le jugement ne peut pas lui être défavorable. C’est impossible avec toutes ces attestations !!!

Il ne reste que trois cigarettes dans mon paquet. Si Ana obtient ce qu’elle veut, j’arrête de fumer.

Lire...

H +1534 – Epilogue 2/3 – La première et seconde balle

On est parti pour la Crète la tête remplie d’incertitudes, de craintes et de peurs. Et puis, la résignation a fini par prendre place, les dés étaient jetés après tout ! Nous ne pouvions qu’attendre, et regarder les profondeurs sidérales en scrutant les étoiles filantes et en formulant des vœux à leur passage.

- Tiens! Tu l’as vue celle-là ? Elle est pour toi ! Et celle-là aussi !

Je voyais ma fille parfois songeuse, quelquefois avec l’air triste, alors toutes ces étoiles étaient pour elle… ou pour le jugement. A ces moments-là, le p’tit Zèbre se chargeait de mettre un peu d’animation, pour un sourire, ou pour déclencher le rire. Ça marchait presque à tous les coups, mais je savais que le soir, avant de s’endormir, elle s’assoupissait avec sa douleur.

Alors, au matin, le petit déjeuner sur la terrasse face à la mer chassait tous ses mauvais rêves, laissant le champ libre à une journée paisible faite de plage, de bains de soleil et de mer, de chaleur, de lectures, de visites et de rencontres. Ensemble, rien n’était aussi bon que ce temps partagé dans une véritable harmonie, et même les querelles enfantines de la fratrie s’estompaient. Les vingt un jours sont passés avec une telle rapidité que je n’ai pas réalisé que le retour nous rapprochait de la décision du juge.

Une fois sur le territoire français, nous n’avons eu qu’une envie : partager avec nos proches notre enthousiasme. Alors, ce fut la grande tournée familiale, Bopapa, Grand’ma, mes sœurs, « ma reine », et mes parents ; nos récits s’entrecroisaient les uns les autres, illustrés par les photographies de notre périple. Et puis il y eut cette foutue rupture ! Celle qui fatigue, celle qui est inévitable : le retour des enfants chez leur mère ! Pas de cris, pas de pleurs visibles, seulement une boule à l’estomac !

Céline fut égale à elle-même, le lundi 31 Août au soir, en imposant à sa fille qu’elle reste toute la semaine chez elle. Ce n’était pas prévu comme cela initialement, mais il fallait s’habituer à la future organisation qui allait être la nôtre, nous avertit-elle. Je vis dans ses yeux une lueur de victoire et non d’espoir.
Je n’ai pas eu trop de contacts avec les enfants durant ces quatre jours. J’ai seulement brièvement accompagné Éric, mon fils, pour son entrée en sixième. Céline était là aussi, plutôt détendue, plutôt agréable. J’ai poussé le vice jusqu’à lui demander comment s’était déroulée sa propre rentrée dans son nouveau collège.

Le vendredi soir, ce furent les retrouvailles. Mon garçon était grognon et susceptible. Juste avant de servir le repas, je m’enquis des raisons de son mécontentement.

- Maman dit que tes attestations sont toutes contre elle.

Ça c’était la première balle dans le pied qu’elle se mettait !

- Et puis elle a écrit une lettre à Baba*… Elle dit que Baba a vécu la même chose qu’elle…

Ça, c’était la seconde balle !

- Elle m’a même reproché ma relation avec Baba, a renchéri Ana. Elle dit aussi que je la préférais à elle quand j’étais petite.

J’en restai perplexe : ma mère ne m’avait pas averti qu’elle avait reçu une lettre de Céline ! Je lui téléphonai donc afin de la questionner. Je suis tombé sur mon père qui a confirmé l’existence de cette lettre mais n’a pu me la lire, faute de savoir ce que ma mère en avait fait…

C’est elle qui m’a rappelé. Pour une fois, elle n’a pas pris de gant, elle m’a lu d’une traite un tissu d’horreurs, de délires et d’élucubrations. Je raccrochai légèrement énervé par la prose verbeuse et pseudo poétique de ma future ex-femme ! Comment était-elle tombée aussi bas ? Sa maladie était vraiment à son paroxysme ! Je me devais de rectifier tout de suite auprès des enfants certaines fausses vérités.

- Baba et Pépé, comme vous le savez, ont vécu des périodes pas faciles. En 1981, Baba a quitté le foyer familial pour vivre seule dans un appartement car Pépé était tombé amoureux d’une très jeune femme. Durant une année, Baba a essayé d’oublier Pépé mais n’y a pas réussi. Elle a fini par prendre des médicaments pour tenter de se suicider. Par chance, elle a été sauvée. Votre grand-père s’est rendu compte qu’il tenait énormément à elle, il a donc rompu avec sa maîtresse. Durant cette période de séparation, j’allais le mardi soir et un week-end sur deux chez Baba tandis que mes sœurs ne venaient que quand bon leur semblait.
Votre mère se trompe en essayant de comparer les deux histoires. Et je ne trouve pas cela correct de sa part : Baba a eu son lot de blessures. Venir aujourd’hui lui balancer les horreurs passées, c’est inacceptable !

- Et toi, pourquoi tu es parti ? a demandé mon fils.
- Je te l’ai déjà dit quand nous vous avons annoncé la séparation : parce que je n’aimais plus ta mère.
- Mais pourquoi tu n’aimais plus Maman ? Tu aimais quelqu’un d’autre ?
- C’est la première fois que tu poses cette question en trois ans de séparation…

Il m’a dévisagé.

- Lors de sa seconde grossesse, ta mère est devenue anorexique. Après l’accouchement, elle a perdu cinq kilos de son poids initial. Puis son mal a pris d’autres chemins plus complexes. J’ai essayé de l’aider comme je le pouvais mais je me suis laissé ligoter et enfermer par sa maladie. Je ne pouvais plus vivre ni faire quoi que ce soit pour moi.
– J’ai entendu que tu ne voulais pas de moi…
- Ce n’est pas vrai. Avant que ta mère ne tombe enceinte, je ne désirais pas de deuxième enfant. Les relations entre ta mère et Ana étaient si difficiles ! Je devais sans arrêt faire tampon. Et puis, je trouvais dommage de ne pas profiter de ta sœur et de sa petite enfance. Mais quand j’ai vu pour la première fois ton p’tit cœur battre à l’échographie, j’ai vraiment eu hâte que tu naisses !

J’étais décontenancé par le tour que prenait cette discussion. Je voulais dissiper les zones d’ombres.

- En ce qui concerne les attestations, le mieux est que je vous les lise. Comme ça, vous pourrez vous en faire une idée par vous-même. De toute façon, elles seront dans une pochette à votre disposition. Elles font partie de votre histoire, vous pourrez les consulter à tout moment de votre vie !

Tout au long des lectures, les enfants n’ont pas bougé. Une fois terminé, nous n’avons plus jamais parlé du divorce.

*Baba= Grand-mère
Corrections assurées par Janjacq

Lire...

H +1510 – Epilogue 1/3 – La 3ème balle

Il était huit heures, dimanche soir. Un tour de clef dans la serrure, l’appartement était plongé dans le noir, seules les lumières de la ville dessinaient les contours des meubles et des bibelots, sur les étagères, pas un bruit ne venait perturber cette tranquillité. Comme chaque dimanche, de retour de chez la Grand’ma, mon p’tit Zèbre et moi étions chargés de victuailles, les bras allongés par des sacs trop lourds au moment où nous avons franchi la porte d’entrée.

- Ana ? criais-je, Ana, tu es là ?

Aucune réponse. Pas la peine d’insister, elle n’était pas là. C’était à prévoir, le message téléphonique de Céline, la veille au soir, était clair et précis :

- Allo, 14 141 ? C’est Céline à l’appareil. Je t’appelle au sujet de la fin du week-end d’Ana. Je ramènerai donc Ana lundi matin, parce que je n’ai pas du tout envie d’écourter mon week-end à dimanche soir…

C’était la troisième balle qu’elle venait de se tirer dans le pied !

Cela aurait pu me mettre hors de moi, j’aurais pu aller chez elle et ramener Ana en faisant un scandale. J’aurais pu tout casser, être violent avec Céline, avec sa compagne, mais j’étais paisible. Rien de tout cela ne pouvait m’atteindre : j’avais le jugement du 8 septembre avec moi, pour moi.

- Oui, ici Police Secours, ne quittez pas, je vous reprends.

Je relisais attentivement chaque ligne de ce jugement concernant Ana, cherchant la moindre erreur d’appréciation de ma part. Il ne pouvait pas y en avoir.

- Police Secours à votre écoute.
- Je me permets de vous appeler car ma fille n’est pas à mon domicile. Sa mère devait la ramener avant 20h00.
- C’est sans doute un retard, Monsieur.
- Mais si ce n’est pas le cas, quelle est la procédure ?
- Vous pouvez passer nous voir vers 22h. On prendra votre déposition.
- Pas avant ?

Un pas en avant, dans ma tête, voilà ce que je venais de faire, et c’est tranquillement que j’ai pris la voiture à 21h45 pour me rendre au commissariat, comme si toutes mes angoisses concernant cette affaire se diluaient en douceur.

______________________
Corrections assurées par Janjacq

Lire...

H+360 – Back to the past 4/4

Je retrouve mon équilibre, je lui souris, un peu crispé, je m’avance, tendu; je l’honore d’un bonjour Madame la Juge; elle me sourit, crispée; mon avocate m’arrête dans cette marche forcée et me glisse à voix basse que ce n’était pas la juge mais une greffière!!! J’entre alors seul dans le bureau déstabilisé par ma bévue: Madame la Juge est déjà assise, elle, dans son fauteuil, chaussée de demi-lunes, le regard inexpressif, en position. Elle se saisit d’un papier, celui qui se trouve juste au-dessus d’une pile de dossiers devant elle:

- Déclinez votre identité, je vous prie.

J’ai l’impression de passer un grand oral, avec, pour unique jury, une seule personne. Un nœud au ventre me saisit, je suis debout à attendre les instructions. Dois-je m’asseoir? Rester debout? Mêmes doutes et mêmes angoisses qu’il y a  trois ans devant les jurés de mon concours. Ma langue reste collée au palais, impossible de la mettre en mouvement; plus j’y pense et plus je la sens lourde, sèche et de taille surdimensionnée; j’ai un boa dans la bouche!!! Il est peu probable que cela m’arrive un jour, mais pourtant à cet instant cette foutue langue m’embarrassait. Il fallait répondre et vite à Madame la Juge.

- Je suis Quatorze cent quarante et un, j’habite à Vierlous, 14 rue des Gendarmes.
- Bien, dit-elle d’un ton ferme. Veuillez-vous asseoir.

Elle marque un instant.

- Je vous entends le premier puisque c’est vous qui avez déposé la requête. Alors? Que pouvez-vous me dire concernant votre situation?

Je lui explique brièvement mon souhait de divorcer, et enchaîne sur ma demande de résidence principale pour ma fille et de résidence alternée pour mon fils.

- Excusez moi de vous interrompre mais comment justifiez-vous la différence de résidence entre vos deux enfants?

- Ma fille a des difficultés relationnelles avec sa mère, dis-je avec conviction. Elle souhaite rester en résidence principale chez moi. Mon fils, quant à lui, préfère rester en résidence alternée.

- Nous reviendrons sur ce point plus tard, me précise t-elle. Je vais recevoir votre femme si vous n’avez rien à rajouter.

Je sens que l’entretien m’a échappé, que mes paroles ont éclaté comme des bulles de savon contre un mur, pas une seule expression n’a jailli de ses yeux, ni de sa bouche trop pincée, que des mots sans affect, qu’un regard froid sans humanité. Je ressors avec le sentiment d’avoir perdu la bataille, celle que ma fille m’avait chargé de gagner pour elle. Je retourne à ma place tandis que le nom de Céline retentit dans ce vaste couloir, et cet écho qui résonne dans ma tête de ce prénom si souvent accolé au mien, fait place à sa silhouette malingre, faible de souffrances anorexiques. Pas un mot, pas un regard non plus, que sa tête plongée sur ses pieds. Une tristesse m’envahit, incontrôlable, j’ai pitié d’elle.

Je croque le marmot tant bien que mal. Quinze minutes qu’elles se parlent, bien plus que ce que je n’ai eu. Je jette des regards interrogateurs à mon avocate. La peur se lit sur mon visage, j’en suis sûr. Je n’ai plus d’ongles à ronger lorsque la greffière nous appelle, mon avocate et moi. J’entre, j’observe successivement Céline sur son siège et Madame la Juge. Je prends place.

- Monsieur, 14 141, vous n’avez pas été honnête avec moi, tout à l’heure.

Pris au dépourvu, je lui rétorque:

- Je ne vois pas en quoi je n’ai pas été honnête avec vous?
- Votre femme m’apprend que vous vivez avec un homme et que vous partagez votre vie avec lui.
- C’est exact en effet mais je ne vois pas en quoi…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’elle poursuit:

- Ce qui se passe dans votre vie privé m’importe! Vous avez deux enfants et je veux être certaine qu’ils ne subissent aucune maltraitance physique ou psychologique!!! dit-elle d’un ton cinglant. Votre femme vit avec sa compagne et vous avec votre compagnon. C’est une affaire particulière, vous en conviendrez!
- Je  n’ai rien à cacher, dis-je brutalement. Je comprends certes votre point de vue, mais lors de notre entretien individuel, à aucun moment vous n’avez fait allusion à ma vie actuelle, ni à ma vie privée, d’ailleurs. En quoi ai-je été malhonnête?”
- Monsieur 14 141, que les choses soient bien claires entre nous, je n’ai pas le droit de vous juger sur vos préférences sexuelles mêmes si j’ai mes propres opinions sur l’homoparentalité! Je dois prendre une décision en ce qui concerne vos enfants et je vous prierai d’être plus collaboratif avec les instances judiciaires.”
- Je n’ai rien à cacher, dis-je pour la seconde fois lourdement. Et je ne m’oppose pas à votre travail en essayant de préserver mon intimité!

Mon avocate, voyant le vin tourner au vinaigre, intervient en enchaînant sur sa plaidoirie. Je remarque simplement que la juge n’est pas vraiment à l’écoute, souffle, et montre des signes de mécontentement, coupe mon avocate qui se débat tant bien que mal. Puis c’est le tour de l’avocate de Céline qui m’accuse de manipuler les enfants, d’être vénal, et que le “clan 14 141″ œuvre à la perte de sa cliente en la traitant de mauvaise mère devant les enfants! Tous ça dans un silence presque religieux de la juge. Et puis que mon p’tit Zèbre a les moyens, qu’il est directeur d’agence et qu’il gagne 2500€ par mois… j’avoue que j’aimerais bien mais malheureusement, il n’en est rien! Et puis est-ce à lui de subvenir aux besoins de mes enfants?

- Voilà! dit son avocate. Voilà pourquoi nous demandons une résidence alternée pour les deux enfants, le rattachement fiscal de moitié car nous savons très bien que Monsieur 14 141 cherche à avoir le maximum d’avantages fiscaux afin d’en profiter lorsqu’il sera pacsé avec le p’tit Zèbre! Et pour finir, nous demandons une expertise psychologique de Monsieur et de sa fille, et une enquête sociale pour Monsieur.
- Monsieur 14 141, acceptez-vous cette expertise et l’enquête sociale? demande Madame la Juge.

Je sens une pression sur moi. Je suis pris au dépourvu. La partie adverse ne devait-elle pas nous le signaler avant?

- Madame, je m’oppose à ces demandes car elles ne se basent sur aucun fondement et sont disproportionnées. Cependant, je vous demande d’auditionner ma fille qui pourra, sans aucun doute, répondre à vos préoccupations. Vous pourrez alors juger par vous-même de la qualité et de l’authenticité de ses propos!
- Madame, souhaitez-vous que j’auditionne votre fille? demande Madame la juge.
- Non, je ne veux pas que ma fille subisse cette épreuve!
- Bien! Au vu des éléments que j’ai entendus ce jour et des documents fournis par les deux parties, je prendrai une décision provisoire. Elle vous sera communiquée par courrier. Je statufierai le 8 Septembre. En attendant, je vous souhaite de bonnes vacances.

Oui, de bonnes vacances…

__________________________

Cette fois un grand merci à janjacq qui fut plus rapide que l’éclair pour corriger mes satanées fautes!!!! Chapeau bas!

Lire...

H+194 Back to the past 3/4

Le rendez-vous fixé avec mon avocate est à 9h30. Mon p’tit Zèbre ne peut m’accompagner. Je vais être seul et c’est peut-être mieux ainsi. « Le soi-disant » d’Yves Pagès en main, je vais pouvoir lire à ma guise en essayant de ne pas penser à la suite des événements. Tâche difficile, le style et la pensée de l’auteur demandent une concentration que j’ai peur de ne pas avoir; pas grave je relirai le passage plus tard. Mon avocate a 15 minutes de retard, j’attends devant le Palais de justice tout en dévisageant les personnes qui entrent et qui sortent, tantôt arborant des mines patibulaires, tantôt des regards inexpressifs, aucun n’entre le sourire aux lèvres. Il fait beau mais je ne m’en aperçois pas, il pourrait pleuvoir, venter, ou neiger, mon corps est recroquevillé, rempart infranchissable à la douceur de la chaleur du soleil. Je la vois enfin, étonnant mélange de distinction et de décontraction, elle me fait face et m’invite à la suivre dans le bureau de la Maison de l’Avocat. Pas de café, un box froid, je m’assois face à elle.

- Alors mission accomplie? Vous avez vos attestations?
- J’attends le fax de ma soeur qui ne saurait tarder.

Elle commence à lire et c’est un festival de grimaces, de moues, de tics qui animent son visage d’avocate fatiguée par tant de détresses humaines rencontrées. Elle fait trois piles devant elle, classant ainsi les très bonnes, les bonnes et les irrecevables. Dans cette dernière pile, se trouve le témoignage de mon p’tit Zèbre. La secrétaire entre sans frapper en tendant une feuille, la dernière attestation, celle de ma grande soeur, qui venait tout juste d’arriver. J’en prends connaissance, c’est la seule qui ne prend pas de gant: elle la pose sur la pile de droite, elle fait partie des « très bonnes ». Nous calons deux ou trois choses pour le grand oral et puis nous partons arpenter les couloirs du tribunal.

L’attente fut longue, deux ou trois heures, je ne me souviens plus trop. Céline était non loin de moi, sans un mot sans un regard, elle notait consciencieusement chaque événement survenant dans cette salle d’attente, des enfants jouant, un père vociférant, une femme en pleurs, un couple triste, la danse des avocats, et puis nous qui n’osions pas nous défier, qui cherchions vainement à cacher nos angoisses, nos peurs et notre haine. Et puis les avocats parlaient, parlaient, une longue complainte sur des souffrances articulaires pour l’une, un pamphlet sur les prestations de l’hôtel N*** à Toulon pour l’autre, et moi je me délectais de ce spectacle offusquant, révoltant de leurs petits soucis. Une envie de chier, de déféquer, de me vider me prend soudain, j’avertis mon avocate de mon absence et cours direction les toilettes, pas le temps de mettre des bouts de papiers sur la cuvette, je m’assois tout de go et lâche une énorme merde bien puante. Les bienfaits de l’odeur de ses propres excréments restent une énigme pour moi, mais c’est à ce moment précis que je me sentis bien, c’était sans compter l’intervention subite de mon avocate dans les dites toilettes:

- Monsieur 14 141, c’est à nous, ouh… Je vous attends dehors.

Merde! Merde! Merde! Plus assez de papiers! Je renfile mon pantalon sans pouvoir m’essuyer et file dans une autre cabine. Je me torche à la vitesse de l’éclair, me lave les mains et sors précipitamment emmenant des effluves nauséabonds avec moi! Trop tard! La juge n’a pas voulu attendre, on passera plus tard. Je reprends place sur mon siège et me replonge dans ma lecture, jusqu’à ce qu’une voix cinglante retentisse à travers la pièce:

- Monsieur 14 141?

Mes jambes sont lourdes.

_________________________________________

*** Grand merci à Arthur pour les corrections…mais aussi à Janjacq qui a mis son grain de sel!

Lire...