14 141

Enfants

Petites nouvelles du Front

Cela faisait quelques temps que je l’attendais, un mois environ, depuis ma dernière entrevue avec Madame le Juge. Je l’attendais son ordonnance, non sans inquiétudes car elle déterminerait la résidence d’Ana de façon définitive. En allant à la boîte à lettre ce matin, non coeur était déjà serré. Je savais qu’elle serait là, l’enveloppe de mon avocate.

Les coïncidences se généralisent car à chaque épisode judiciaire, je me retrouve toujours seul. Mon p’tit Zèbre n’est pas là, n’est pas joignable et ce à chaque fois. Je décachète l’enveloppe avec précipitation:

Selon l’expert Ana, est une jeune fille posée, mûre et extrêment préoccupée qui a vécu difficilement la séparation des ses parents en particulier, selon Mme X (l’expert psy) parce qu’elle percevait la fragilité de ses parents et notament sa mère.

Aujourd’hui elle ne trouve pas sa place au sein de la famille.

Elle exprime plus facilement « une souffrance morale à l’égard d’une relation que’elle juge complexe à la mère. Elle se montre en effet dans une forte attente de reconnaissance à l’égard de la mère et son manque de confiance en soi fait écho au sentiment de ne pas être assez bien pour être aimée. »

Mme X en conclusions indiques qu’aucun élément ne permet de remettre en cause l’exercice conjoint de l’autorité parentale, que le maintien de la résidence alternée pour Eric ne pose pas de problème et que concernant Ana, compte tenu des éléments recueillis, il lui semble important qu’une garde alternée soit formalisée pour renforcer le positionnement de la mère à sa juste place et par la même fournir un point de repère à la jeune fille.

Un travail de psychothérapie pourrait aider Mme 14 141 à restaurer le lien à sa fille.

L’expert considère qu’il est possible de compter sur une entente des parents qui « en bonne intelligence devraient pouvoir montrer une certaine souplesse et adapter ce mode de garde à l’évolution de la relation mère /fille ».

Il est patent que la séparation des parents, leur choix de vie respectable mais probablement difficile à assimiler pour leurs enfants (et notament Ana qui est plus âgée) qui ont connu une famille « classique » et comparable à celle de leurs camarades ont contraint Ana et Eric à mener prématurément des réflexions d’adultes pour lesquelles ils n’étaient pas préparés.

Ana a demandé à être entendue par le juge à la veille de l’audience et alors qu’elle avait connaissance des conclusions de l’expert.

Toutefois,lors de l’audience les deux parents ont souhaité le maintien de la résidence alternée pour Eric et la fixation de la résidence d’Ana chez son père, le seul point de désaccord concernant la durée du droit d’accueil de la mère.

Ainsi les souhaits d’Ana ont été respectés et il n’est plus nécessaire de l’entendre à nouveau.

Il n’existe donc aucun motif de faire droit à la demande de Mr 14 141 sur ce point et d’autant plus que Ana a déjà été entendue par l’expert psychologue.

A cet égard, il y a lieu de relever que Mme X, sur le fond, invite en réalité les parents à entendre la souffrance de leur fille et à dépasser leurs propres rancoeurs.

De même elle souligne que Mme 14 141 doit comprendre que Ana, pour retrouver confiance en elle, a besoin d’une relation privilégiée avec elle et de temps qui lui soit exclusivement consacrée et de tendresse.

C’est pourquoi la demande de Mme 14 141 tendant à accueillir sa fille le jeudi soir sera entendue puisque cette soirée pourra normalement permettre à la mère et à la fille d’avoir un temps pour elle sous réserve que Mmé 14 141 qui de son coté a également d’autres contrainte l’organise en ce sens.

Enfin il appartient à Mme 14 141 seule de décider si il convient ou non qu’elle se fasse aider par un psychothérapeute.

De même il appartiendra de Mr 14 141 dans l’intérêt bien compris d’Ana, de faciliter les relations mère/fill en évitant toutes considérations hâtives sur le comportement ou les besoins de soins de Mme 14 141 qui ne peuvent que ternir aux yeux de l’adolescente l’image de sa mère et déstabiliser Ana.

En dernier lieu, au vu de l’évolution d’Ana et de ses proches et de ses rapports avec les adultes qui l’entourent, les parties, si aucune décision amiable ne se dégage pourront re-saisir le juge.

Pas de quoi se réjouir, certes j’obtiens la résidence principale d’Ana avec 100 euros de pension alimentaire pour lui payer son collège, la nourrir, la blanchir, lui donner une éducation musicale et sportive…

Je ne ferais pas appel mais je ne perds pas espoir. J’ai une très bonne nouvelle côté travail qui risque de chambouler un peu tout ça… je ne vous en dis pas plus.

Bises et au prochain épisode

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H+ 4030 – Abandon

Je viens de recevoir l’expertise psychologique et je suis anéanti. Celine est la grande gagnante; la victimisation de son cas est reconnu.Je suis le grand méchant qui est parti alors que sa femme était atteinte d’anorexie. Cette maladie, si je n’en suis pas réellement la cause, prendrait néanmoins naissance au sein de ma propre famille, l’origine en serait ma grande manipulatrice de mère… et je n’aurais rien fais pour protéger ma femme.

Bref, la psychologue a vu des choses parfois très justement dans le comportement d’Ana et a globalement rempli sa mission d’expertise. Cependant ses conclusions restent des plus surprenantes : « Concernant Ana, compte tenu des éléments recueillis et dans l’intérêt exclusif de la jeune fille, il nous semble important qu’une garde alternée soit formalisée. Celle-ci permettrait par ailleurs, de renforcer le positionnement de la mère à sa juste place et par là même de fournir un point de repère fiable à la jeune fille. »

Voilà, j’ai perdu les batailles et je crois que je vais abandonner toutes mes démarches, accepter toutes les revendications de ma femme, ne plus me battre contre des moulins à vent…

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H+ 2380 – un p’tit plus yagguien

On parle de 14 141 et de sa fille sur la toile… vous l’avez déjà lu! C’est marrant d’être cité dans un site comme YAGG… merci à eux!

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H +2188 – It’s beyond my control

- Allo ? Monsieur 14 141 ?
- Oui ?
- Votre fille avait un rendez-vous avec Mme TREB demain à 18h30. Celui-ci est annulé ; on vous rappellera pour vous en fixer un autre.

Et puis plus rien pendant un mois et demi. J’ai laissé des messages sur son téléphone portable sans jamais de réponse. Mme TREB est la psychothérapeute de ma fille depuis trois ans maintenant.

Je me souviens que la chance m’a souri à l’époque. Je cherchais désespérément une psy car Ana traînait une souffrance derrière elle, vieille et douloureuse. J’avais retourné ciel et terre pour en trouver une bonne, Céline ne s’intéressant pas au mal-être de sa fille. Les listes d’attente nous amenaient jusqu’en juin 2009, la seule de libre ne m’inspirant pas confiance. Mais un jour, alors que je relevais mon courrier, comme par miracle, une carte au format 21×10 m’est tombée dessus : des coordonnées, celles d’une nouvelle psychologue clinicienne qui s’installait à quelques kilomètres de chez moi ! Je me rappelle n’avoir pas attendu ; j’ai immédiatement téléphoné pour la rencontrer.

Le premier rendez-vous fut long et douloureux. Céline avait souhaité nous accompagner. Mme TREB débutait peut-être, mais vraiment dans l’écoute et le questionnement. J’ai eu immédiatement le coup de foudre. Cette jeune femme était compétente et douée. Ana a mis beaucoup de temps à effectuer son transfert mais une fois fait, les progrès ont été fulgurants. Comme souvent les futures mamans, Mme TREB fut sujette à des vertiges accompagnés de vomissements intempestifs et suivis d’une prise de poids impressionnante. Elle dut s’arrêter quelques temps. A sa reprise, j’ai senti qu’elle était fatiguée mais j’ai mis cela sur le dos de l’hypothétique polichinelle qu’on lui avait sorti de sous le manteau…

Ces derniers mois ont été vraiment importants pour Ana et son soutien psychologique d’un grand secours. A travers Mme TREB, elle se construisait une image de femme qui lui faisait jusqu’alors défaut. Et puis brutalement, sans aucune explication, je reçois ce coup de téléphone.

- (…) on vous rappellera pour vous fixer un autre rendez-vous.

J’ai attendu, puis je me suis inquiété. J’ai téléphoné. Aucune réponse. La semaine dernière, la bouche en cœur, Mme TREB me contacte enfin pour m’annoncer qu’elle travaillait désormais à l’hôpital et qu’elle arrêtait définitivement son activité libérale, et pour me proposer un rendez-vous la semaine suivante en clôture de sa thérapie avec Ana. Je n’ai su que répondre dans l’instant, j’étais abasourdi. Le soir même, j’ai appris la mauvaise nouvelle à ma fille. Ses pleurs résonnent encore en moi. Un déchirement, j’ai essayé de l‘apaiser, de la rassurer, la douleur de l’abandon, celui d’une autre femme, sa mère, refaisait surface. Après l’avoir calmée, j’ai pris ma plume et j’ai écrit ceci :

« Suite à notre entretien téléphonique, j’ai prévenu Ana de la situation. Je ne pouvais lui cacher le fait que la séance de la semaine prochaine serait la dernière. Les pleurs et le désarroi de ma fille sont grands à cette heure. Jusqu’alors ma confiance envers votre travail auprès d’Ana était inébranlable. Je n’ai jamais douté de vos compétences. Aujourd’hui je suis choqué et scandalisé. En effet, je ne comprends pas que vous n’ayez pas préparé Ana à cet évènement. Votre silence depuis plus d’un mois et puis votre coup de téléphone m’annonçant votre décision, sont ressentis par mon enfant avec une très grande violence. Je ne ferai pas allusion à l’éventuel transfert qu’Ana a fait sur vous, ce qui a été long à mettre en place, mais maintenant sans aucun travail thérapeutique, vous l’abandonnez à ses doutes, à ses peurs et à ses angoisses, c’est une véritable maltraitance psychologique. Je suis écœuré, et révolté que vous n’ayez pas pris le temps d’accompagner Ana dans cette rupture, ce qui lui aurait évité cet effondrement actuel. Je ne comprends pas qu’un(e) psychologue clinicien(ne) puisse agir d’une façon aussi légère quant à la fin d’une thérapie. Ana n’avait vraiment pas besoin de cela dans sa vie ! Je reste disponible pour en discuter avec vous. »

Elle m’a contacté samedi dernier, je n’ai pas répondu. Elle m’a rappelé ce lundi, je n’ai pas répondu. Je l’ai appelée mardi, elle n’a pas répondu. Je suis allé la voir hier, j’en suis bouleversé.

Son visage était serein, doux et reposé comme rarement, pourtant. Je n’étais pas agressif, juste ferme, ne cherchant pas à savoir les raisons si abruptes du changement qu’elle imposait. Je n’avais comme unique but que lui cracher la souffrance d’Ana. Elle m’a écouté, elle a acquiescé. J’ai senti que chacune de mes phrases la blessait et qu’elle ne pouvait se défendre. Elle prenait les coups sans broncher. Une scène m’est revenue en tête : dans Les liaisons Dangereuses, celle de la rupture forcée du Vicomte de Valmont d’avec Cécile de Volanges. Ce dernier se borne à répéter à l’amour de sa vie : It’s beyond my control.

Elle mourrait d’envie que je lui pose la question : pourquoi ? Mais je n’étais pas prêt à entendre sa réponse, il n’y en avait pas de valable à mes yeux. Je lui ai serré la main, je suis sorti et j’ai récupéré Ana qui m’attendait dans la salle d’attente.
Arrivés à la voiture, crise de larmes, Ana pleure, j’ai le cœur fendu. Entre deux sanglots, elle me dit :

- Elle est très gravement malade. C’est pour ça qu’elle ne peut plus continuer. Elle a trouvé un employeur fictif pour être encore payée. C’est une maladie dont on peut mourir.

Au coucher, alors que mon p’tit Zèbre me faisait des avances, je me suis écroulé au creux de son cou et j’ai pleuré. Je suis vraiment un gros con.

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Merci à janjacQ pour son soutien orthographique et plus

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H+ 2116 Epilogue 3/3 – PART 2 – FIN

Les trois cigarettes, je les ai fumées, j’en ai même racheté plusieurs paquets par la suite car aucun signe de mon avocat le huit septembre. Je suis rentré chez moi, j’ai ouvert ma boite à lettres : des prospectus, une facture. J’ai monté les deux étages, Ana n’était pas là, simplement une lettre sur la table, une enveloppe en papier kraft avec marqué de la main de Céline : « Pension Alimentaire de Septembre ».
C’est ainsi que j’ai appris la nouvelle : Ana restait à la maison.
 
Ma joie a été grande, une bataille venait d’être gagnée. Je ne me suis pas précipité sur le contenu de l’enveloppe, je trépignais en attendant Ana pour lui annoncer la nouvelle. Elle est arrivée avec un quart d’heure de retard. Son visage était déjà radieux.
 
- Je viens de voir Maman, je reste ici !
- Je sais, elle m’a laissé ça, et accompagnant le geste à la parole j’ai exhibé fièrement l’enveloppe. C’est elle qui te l’a dit ?
- Après la piscine, elle est venue m’inviter à boire un pot.
- Et alors ?
- Elle était déçue, surtout après la semaine que l’on avait passée ensemble. Elle regrettait que la juge ne l’ait pas écoutée. Et puis elle m’a demandé ce que j’en pensais.
- Qu’as-tu répondu ?
- La vérité : que j’étais contente du jugement. Son visage s’est fermé quand j’ai dit ça ; elle a payé et m’a ramenée ici, sans un mot ! La pension est de combien ?
- Je ne sais pas, je n’ai pas regardé.
 
J’ai ouvert l’enveloppe pour en sortir un chèque d’un montant de cent euros. Ce soir-là, j’ai arrêté de fumer pour deux raisons : la promesse que je m’étais faite et j’en avais plus les moyens !
 
Il a fallu attendre le lundi suivant, une semaine après cet épisode, pour connaître l’ensemble du jugement. En voici quelques extraits piochés ici et là :
 
« En ce qui concerne les enfants : 14 141 demande que la résidence d’Ana soit fixée à son domicile avec des droits d’accueil au profit de sa mère et Céline P. demande le rétablissement des modalités d’une résidence alternée considérant que le transfert dans les faits de la résidence d’Ana chez son père avant même l’introduction de la présente procédure n’a pas soulagé la souffrance de sa fille. Ce jour, s’agissant d’Ana, 14 141 demande son audition et Céline P une expertise psychologique. 14 141 s’oppose à l’expertise psychologique et Céline P s’oppose à l’audition par le Juge de sa fille. »
 
« Sur la résidence des enfants et le droit d’accueil : la situation des enfants est particulière. 14 141 partage sa vie avec un compagnon et Céline P a une compagne, elle-même mère de deux enfants (…) S’agissant d’Ana, il n’est pas contesté qu’elle vit depuis un an chez son père. Le seul fait que Céline P travaille maintenant sur Vrouliers et peut de ce fait assurer les transport d’Ana, ce qui génère moins de fatigue pour l’enfant qui en cas de résidence alternée n’aurait plus à prendre le bus, est insuffisant pour modifier la situation de fait et prouver qu’il est de l’intérêt de l’enfant de rétablir des modalités de résidence alternée. »
 
« C’est pourquoi, en l’absence d’éléments nouveaux établis par Céline P. de nature à justifier la remise en cause de cette résidence et alors même qu’il semble à la lecture des témoignages certes familiaux mais précis versés aux débats par 14 141 que le souhait d’Ana est pour l’instant de rester chez son père, il convient de fixer provisoirement la résidence d’Ana au domicile de son père et d’instituer des droits d’accueil au profit de sa mère. »
 
« Une expertise psychologique étendue à la fratrie pour permettre de mieux appréhender la problématique familiale et les besoins des enfants sera par ailleurs ordonnée, un délai de quatre mois étant octroyé à l’expert pour déposer son rapport. »
 
« Sur la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants : 14 141 est technicien. Il a perçu un salaire annuel net imposable de 18410 euros soit un salaire net moyen mensuel de 1534 euros outre un supplément familial (je ne le touche même pas !!!). Il n’est pas imposable. Il a une charge de logement de 400 euros, APL déduite. Son compagnon qui travaille participe aux charges. Céline P. est professeure certifiée. Elle a reçu un revenu mensuel de 2501 euros. Elle a une charge mensuelle d’emprunt de 740 euros. Elle paie des impôts sur le revenu de 200 euros par mois. Sa compagne qui travaille participe aux charges. Au vu des revenus et charges respectifs des parents, il convient de fixer la part contributive à la charge de Céline P. pour l’entretien et l’éducation d’Ana à la somme mensuelle de 100 euros indexée selon les modalités précisées. »
 
« En conséquence : (…) Fait défense à chacun d’eux de troubler l’autre en sa résidence ; l’autorise à faire cesser le trouble, à s’opposer à l’introduction de son conjoint et à le faire expulser si besoin est avec l’assistance de la force publique. Fixe provisoirement la résidence de l’enfant Ana chez son père. Dit que Céline P exercera librement à charge pour elle d’aller chercher ou faire chercher et de reconduire ou faire reconduire par une personne tierce digne de confiance l’enfant et sauf meilleur accord entre les parties : les fins de semaine impaires de chaque mois du vendredi sortie des classes au dimanche 20 heures. (…) Dit que sur le plan fiscal Ana sera à la charge de son père. (…) Dit que la présente affaire sera rappelée à l’audience du mardi 2 mars 2010 à 15h30 et ordonne la comparution personnelle des parties lors de cette audience. Précise que la présente ordonnance est exécutoire de plein droit. »
 
Bilan de ces trois mois : Ana est radieuse, 1680 cigarettes d’économisées soit environ 420 euros, et j’ai pris cinq putains de kilos de merde à cause de ce putain d’arrêt, et j’ai une putain d’envie de m’en griller une après la fin de week-end que je viens de passer !!! Mais ceci est une autre histoire !

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Désolé plantage de version: merci à mon correcteur janjacQ

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H +1992 – Epilogue 3/3 – PART 1

Mardi 8 septembre, levé à 6h30, je prends mon petit déjeuner comme à l’accoutumée. Je veux que ce jour soit un jour traditionnel, fait de petits riens, de travail et ne surtout pas en faire une journée spéciale, même si c’est aujourd’hui qu’un juge apposera sa signature sur le document qui contractualisera ma vie. La mise en route est difficile, le café n’est pas assez fort, c’est un vrai jus de chaussette que j’avale. Je me glisse sous la douche, c’est la seule solution pour un réveil total. Mes gestes sont mécaniques, et précis malgré tout. Je ne veux pas que mes angoisses de la nuit refassent surface. Rester digne, voilà le mot de la journée ! De la dignité quoi qu’il arrive !

Je sonne l’heure de mon départ en embrassant les enfants pour les éveiller en douceur, ainsi que mon grand dormeur de p’tit Zèbre… Après mon heure de trajet quotidien, j’avale un deuxième puis un troisième cafiots avec mes collègues. Ils ne savent pas grand chose de ma vie, je ne partage pas facilement avec eux, jouant même mon hétéro de base pour ne rien laisser transparaître.

- Tu n’as pas l’air dans ton assiette ? Ça va ? me demande Gilou.
- J’ai mal dormi. Rien de bien méchant !
De la dignité, me dis-je intérieurement, de la dignité !

Il est 9h45 et j’ai la tête ailleurs ; heureusement que je suis convié à une réunion dans laquelle je n’ai qu’un rôle subalterne. Les minutes passent avec lenteur, je dévisage un à un les membres de la Commission en essayant d’imaginer, pour me distraire et pour passer le temps, des scénettes amusantes… La femme qui se trouve devant moi est grande avec de longs cheveux blonds, le nez chaussé d’une paire de lunettes qui lui mange son visage un peu sévère. C’est un personnage important du Cabinet de la Présidence, d’un sérieux à toute épreuve. Elle mâche discrètement un chewing-gum. Le mouvement de sa mâchoire est presque imperceptible. Une image s’impose alors dans ma tête, c’est comme un court métrage où elle prendrait la parole et avalerait son bonbon par inadvertance dans un bruit peu convenable pour son rang. Cette vision me fait sourire un peu bêtement, mais mon sourire prend une dimension catastrophique lorsque cette femme, croisant mon regard, accuse une drôle de grimace en avalant réellement sa gomme à mâcher. Un éclat de rire presque bestial a alors retenti dans ce silence religieux. Je m’en excuse platement en voyant tous les participants se tourner vers moi, tandis que la femme passe instantanément du blafard au rouge pivoine.
De la dignité, rien que de la dignité, me dis-je en reprenant une posture d’écoute.

Je ressors de cette réunion avec un sentiment de malaise : et si j’étais capable de deviner l’avenir ? En me concentrant, pourrais-je apercevoir le jugement ? Connerie, je ne vais quand même pas basculer dans l’ésotérisme mystique hystérique !? Et pourquoi ne pas essayer de lire dans le marc de café, tant qu’on y est !? Le mieux n’est-il pas de rester pragmatique et d’appeler le cabinet de mon avocate !

- Bonjour, je suis Quatorze Cent Quarante et Un (QCQ1) ! Je voudrais parler à Maître Paly, s’il vous plait.
- Je suis désolée, elle se trouve en audience à Vreuxe. Vous ne pourrez la joindre qu’en fin d’après-midi.

Je crois que je vais passer une après-midi d’enfer, à fumer comme un pompier et à me ronger les ongles jusqu’au sang ! Il est l’heure de rejoindre mon p’tit Zèbre et d’aller manger au restaurant administratif. J’ai une faim d’ogre ! J’aime ce moment de la journée où l’on se retrouve, rien que nous deux, et où on avale rapidement notre repas pour vite s’engouffrer dans la voiture. Là, nous nous reposons en parlant, en nous embrassant, en nous câlinant jusqu’à l’heure fatidique où chacun doit regagner son lieu de travail. Mais aujourd’hui nous partageons la même angoisse, celle de devoir annoncer à Ana qu’elle doit retourner chez sa mère ! Je sais pourtant, au fond de moi, que le jugement ne peut pas lui être défavorable. C’est impossible avec toutes ces attestations !!!

Il ne reste que trois cigarettes dans mon paquet. Si Ana obtient ce qu’elle veut, j’arrête de fumer.

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H+456 Enfance perdue

Je me suis toujours demandé comment ma fille m’annoncerait qu’elle devenait femme, qu’elle avait ses premières règles. J’avais tout imaginé: par confidence, par une personne tierce, le paquet de serviettes hygiéniques entamé, des tâches sur ses draps… mais j’étais loin de me douter de la manière dont cette information capitale allait me tomber dessus! Je redoutais, je vous l’avoue, ce moment. Comment, moi, un homme bisexuel et père élevant sa fille avec un homosexuel, pourrait se dépatouiller de cette histoire de femme?

La première étape fut l’achat des serviettes hygiéniques. Il y a un peu plus de six mois, ma fille s’est plainte de douleurs au ventre. Mon sang n’a fait qu’un tour et je m’aperçu avec frayeur que je n’avais rien prévu pour cette inévitable épreuve. J’embarque avec moi, mon p’tit Zèbre, direction, de toute urgence, un supermarché. A part les pubs, à la télévision, mon savoir sur les moyens modernes, pour éviter les pertes, était très restreint et devant ces étagères remplies de ces paquets de toutes les couleurs, je me suis rêvé un instant être femme. Que devais-je acheter à ma fille? Les mêmes que pour moi? Quelle marque ma mère m’avait donnée la première fois? Mais avec tous les efforts possibles et inimaginables, je ne pourrais jamais remplacer une mère devant ce rayonnage. Je me sentais vraiment merdeux, désespéré, je voulais presque appeler Céline pour qu’elle puisse me conseiller. Tête de mule comme je suis, je ne le fis pas et j’ai eu la bonne idée de me tourner plutôt vers mon p’tit Zèbre!

Comme vous le savez certainement, mon p’tit Zèbre, ne sait pas comment est faite une femme. Il n’a jamais éprouvé la moindre attirance sexuelle pour le sexe opposé et de ce fait, ne connaît pas certaines choses; mais je comptais surtout, sur le fait qu’il a toujours eu de grandes amitiés féminines et qu’il pouvait ainsi me révéler des secrets que seules, les femmes, se font entre elles.

- Franchement, j’en sais pas plus que toi. Je suis désolé, me dit-il sincèrement.
- On ne va pas y arriver. Tampons ou serviettes, d’après toi?
- Ben, je pencherais plus pour serviettes pour la première fois. Se mettre un corps étranger dans le sexe, à 13 ans, ça doit faire bizarre. Quoique, je me souviens qu’à quatorze, j’avais subtilisé une carotte dans le réfrigérateur de mon père et l’avais utilisée… puis après, je l’avais lavée et remise à sa place.
- Et vous l’avez mangée???
- Ben, oui, je l’avais bien lavée et puis mon père l’a épluchée, alors …
- Moins fort, dis-je! On est quand même dans un supermarché! C’est vraiment crade ton histoire. Bon, optons pour les serviettes!
- Ok, les serviettes! Mais putain, la vache, y’en a des tonnes et totalement différentes les unes des autres! ….! C’est quoi l’indice d’absorption?
- J’imagine que c’est un indicateur. Elles doivent être calibrées pour recevoir une certaine dose de sang précise. Je sais que les règles sont plus ou moins abondantes. Quand je travaillais comme aide médico-psychologique, il m’arrivait fréquemment de changer des patientes déficientes mentales. Je me souviens de l’une d’entre elle qui avait des pertes énormes. La matin, sa serviette débordait, il y en avait partout… et ça sentait super fort!
- Mais c’est dégueulasse ton truc!!! Arrête ou je vais vomir, dit-il, le teint blême.
-  Ça ne nous dit pas ce que l’on doit prendre.
- Et si on demandait à cette dame? proposa naïvement mon p’tit Zèbre.
- Non, il est hors de question! La honte… je ne peux pas.
- Attends, je vais lui demander!

Je n’ai pas eu le temps de le retenir que le voilà déjà en train de « tchatcher » avec une jolie femme, la trentaine, avec un voile sur la tête!!! Mon dieu! Il n’avait pas vu qu’elle n’était pas toute seule! Une femme plus vieille, moins jolie, bien portante, coiffée elle aussi d’un voile, se mêle à la conversation. Je m’approche discrètement.

- Oui, c’est lui le père, sort mon p’tit Zèbre l’air triomphant! Approche, elles m’expliquent les différences.
- Bonjour, je suis vraiment gêné, dis-je sincèrement.
- Non, ne vous inquiétez pas, dit la jolie femme à la tête voilée. Je disais à votre ami que le mieux pour elle serait la serviette. Celle-ci ou celle-là, me montre-t-elle du doigt. Elles sont un peu plus chères mais de bonne qualité.

Et c’est ainsi que nous avons acheté pour la première fois des serviettes hygiéniques à ma fille. En rentrant de courses, je me rendis dans sa chambre et lui expliquai que, peut-être, dans les jours à venir, son corps allait se transformer… bref, tout un blablabla pour la rassurer et lui dire que j’étais là en cas de coup dur, et puis je lui tendis le paquet de serviettes.

Je n’entendis plus parler de mal de ventre pendant toute une période. Je décidai donc de prospecter dans la réserve pour savoir si elle utilisait ses serviettes. Le paquet restait non utilisé. J’ai appris récemment par ma mère que ma fille s’inquiétait de l’absence de ses règles. Aussi pris-je rendez-vous avec un gynécologue. Et puis hier, une semaine après la réception du jugement, je rentre au “Terrier”* fatigué par une journée harassante. Ma fille m’accueille:

- Papa, c’est quand que tu vas faire les courses?
- Je ne sais pas trop, j’y suis allé hier. Jeudi ou vendredi, pourquoi tu as encore besoin de quelque chose?
- Ben, en fait il me faudrait des tampons pour demain, j’ai entraînement piscine! Il me faut des minis ou des spéciaux jeune fille.
- Pourquoi ? T’as tes règles? dis-je avec mon air de tomber des nues.
- Papa! Si je te demande des tampons… j’vais pas te faire un dessin!
- Mais tu sauras le mettre au moins???
- Papa! Ne t’inquiète pas, je sais tout ce qu’une jeune fille doit savoir. Je veux juste un peu d’argent pour aller m’en acheter; ce sera plus simple, je crois.

Je sors mon porte-monnaie, un billet de 20€ et la vois partir.

Elle était encore une enfant ce matin, maintenant son corps en a décidé autrement. Elle restera malgré tout mon enfant, celle qui embellit chaque jour de ma vie.

Je sais qu’elle partira, un jour, pour vivre sa vie, une vie de femme.

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Un grand grand merci à mes correcteurs officiels : janjacq et Arthur qui vous permettent de lire ces billets sans trop vous tirer les cheveux!!! Et puis à Fred qui est venu à la rescousse!!!! Merci à vous trois!

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H-1464 Marche des fiertés*

Pourquoi j’étais gai la semaine dernière à la marches des fiertés*? J’étais heureux que mon fils soit à côté de moi, de nous, défilant avec son petit drapeau coloré, qu’il s’aperçoive que l’homosexualité n’était pas une tare, une honte. Que les homosexuels étaient diverses, qu’ils étaient joyeux dans ce cortège chargé de tant de signifiant.

Ravie qu’il puisse côtoyer durant ces cinq heures durant, ces hommes, ces femmes, ces travestis et ces transexuels sans gêne, en acceptant leurs frasques, leurs pudeurs ou leurs douleurs. Et puis répondre à ses questions, à propos du SIDA, du préservatif, de la contamination, du virus, de la maladie, des traitements et de la mort; ça a été un moment riche, d’échange sur les conditions d’acceptations des différences dans nos sociétés: des difficultés juridiques auxquels les homosexuels sont confrontés tous les jours, successions, mariage et enfants; des problèmes de voisinage, d’insultes, d’actes de violences envers celui qui est différent; des injustices faites dans le milieu du travail parce qu’il est gay ou lesbienne ou bien séropositif; des réactions de parents qui rejettent leurs enfants car ils sont différent, des souffrances qu’occasionnent ces exclusions et ces abandons.

Il a marché durant ces cinq heures à nos côtés sans jamais se plaindre du bruit, ou de l’agitation; il a marché aux rythmes de nos revendications, la tête droite sans jamais avoir honte de faire partis de ce défilé, encourager par les passants, choyer par les participants, récoltant bonbons et gadgets, il a compris que la fête était grave et joyeuse à la fois; le sourire aux lèvres, il s’est endormi sur le chemin de retour, serein, heureux d’avoir marché ces cinq heures avec nous, d’avoir arpenté le bitume de l’espérance.

*La fierté : « On considère couramment que la fierté est par définition un sentiment noble, voire une vertu. Cette opinion s’appuie premièrement sur le fait que le sentiment contraire, la honte, est évidemment négatif, et deuxièmement sur la distinction de la fierté et de l’orgueil, le second étant, contrairement à la première, injustifié. La fierté apparaît alors comme un “juste milieu” entre la honte et l’orgueil. » M.A

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H- 2136 Anniversaire

C’est la première fois en 11 ans que je ne serais pas là le jour de ton anniversaire et j’en suis triste. Malgré que j’ai fais le bon choix, ma tristesse est quand même là dans mon coeur. Je suis tellement désolé que nos histoires de grandes personnes soient la cause de tous ces tracas. Nous aurions sans doute dû essayer de mettre nos querelles entre moi et ta mère entre parenthèse mais nos dernières disputes n’ont fais que raviver nos blessures profondes. 

Il est vrai que fêter ton anniversaire ensemble aurait été une bonne chose mais aujourd’hui ce n’était pas possible. Je ne voulais pas que ta fête soit ponctué de fausseté et gâcher ta joie d’avoir enfin 11 ans. J’espère simplement que l’année prochaine nous puissions nous retrouver pour le fêter ensemble en toute tranquillité et en joie. Sache que malgré mon absence demain, il n’y aura pas un instant de la journée ou je ne penserais à toi. Tu m’accompagneras à chaque moment dans mon coeur et dans ma tête car je t’aime très fort et que je sais que même sans être présent physiquement l’amour d’un père à son fils est plus fort que cette absence. 

Je t’embrasse très fort mon fils et te souhaite une bonne nuit, fais de beaux rêves, des rêves rigolos, drôles, amusant, tendres, doux, tout doux et de toutes les couleurs.

Ton papa qui t’embrasse très fort.

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